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Les Fondateurs de Green Bay :

histoire de mariages entre Indiens et Blancs

par Jacqueline Peterson

traduit de l'anglais par Valérie Saugera

(Réimprimé avec l'autorisation de Voyageur, Historical Review of Brown County and Northeast Wisconsin, printemps 1984)

Nous remercions la revue Ethnohistory de nous avoir autorisés à réimprimer des extraits de "Prélude à la Rivière Rouge : un portrait social des métis des Grands Lacs," Ethnohistory 25 (hiver 1978) 1 : 41-67.

Ce fut pendant l'automne 1824 que l'ancienne communauté francophone de La Baye, ou Green Bay, dans le territoire du Michigan, perdit sa dignité. Rétrospectivement, l'événement semble sans importance, voire comique. Arrivé de la "civilisation", un juge américain en tournée et plein de zèle, l'honorable James Duane Doty, réunit en session extraordinaire le premier jury d'accusation que les commerçants en fourrure aient jamais connu. A l'instigation de Doty, les jurés, dans leur confusion, inculpèrent trente-six des hommes les plus importants de la ville pour fornication et deux pour adultère. La plupart d'entre eux plaidèrent coupable et pour ne point avoir à payer d'amende, se présentèrent devant un juge de paix afin de rendre légitimes leurs rapports avec des femmes indiennes. Charles et Jean Baptiste Grignon, membres de l'une des plus vieilles et des plus illustres familles du Wisconsin, furent ainsi publiquement châtiés.

Toutefois, au moins huit hommes refusèrent de reconnaître leur immoralité et deux autres manifestèrent leur indignation au cours d'un long procès. Ils déclarèrent "que leur mariage était légal, qu'ils vivaient avec leur femme depuis longtemps, qu'ils étaient pères de nombreux enfants et que leur mariage avait été célébré selon les coutumes indiennes." 1

John Lawe, le citoyen d'origine britannique le plus influent de Green Bay, reconnut sa culpabilité, mais au mépris de la loi américaine, il n'épousa jamais sa femme de manière à satisfaire Doty. Malgré tout, Thérèse Rankin et lui vécurent sans problème jusqu'à la mort de celle-ci en 1842. Lawe s'était peut-être senti assez confiant pour ridiculiser les prétentions américaines. Cela dit, le geste de Doty était un présage qui révélait bien plus qu'un simple exemple de puritanisme. Les descendants de Lawe, embarrassés, appelleraient leur grand-mère "la compagne de Lawe." 2

En fait, John Lawe avait déjà entrevu le futur. Un an avant l'arrivée de Doty dans le tout jeune Comté de Brown, le négociant de Green Bay avait réglé ses comptes avec l'American Fur Company, sur l'Ile de Mackinac. Ce comptoir commercial, autrefois actif, semblait désormais aussi morne que "n'importe quel dimanche." Les conséquences humaines de la ruine de l'influence politique et économique américaine dans la région des Grands Lacs glaçait Lawe jusqu'aux os. Il se lamenta auprès de la femme, d'origine Ojibway, de Robert Hamilton, son vieil ami de Queenstown (Ontario) : "Le bon vieux temps, c'est fini. Ce plaisant règne a pris fin et ne reviendra jamais. J'ai peur et je me sens incertain dans ce pays..."3

Ce que Lawe regrettait était un mode de vie unique : un groupe professionnel et une communauté régionale qui, durant plus d'un siècle, avait entretenu des relations amicales avec les populations indigènes des Grands Lacs. Choisissant la cohabitation plutôt que la confrontation, les anciens habitants de La Baye et d'ailleurs avaient contesté l'hypothèse historique selon laquelle la culture indienne et la culture euro-américaine étaient inconciliables.

John Lawe faisait partie de l'élite commerciale de Green Bay, mais en tant que nouveau-venu d'une part et Britannique d'autre part, il n'avait jamais été membre à part entière du groupe. Né d'une mère juive et d'un père originaire du Yorkshire, autrefois capitaine de frégate au service de la marine anglaise, Lawe, alors adolescent, fut l'apprenti de son oncle, Jacob Franks, négociant en fourrures à Montréal. Comme tout autre commerçant montréalais en concurrence avec la Hudson's Bay Company, c'est d'un (il envieux que Franks contemplait les riches ressources en fourrure du sud et de l'ouest du lac Supérieur. Dès 1790, il avait établi une base à Mackinac et en 1797 il envoya son neveu à Green Bay comme commis, chargé du commerce dans le Wisconsin.

Quoique les négociants en fourrure britanniques et américains n'aient passé l'hiver à La Baye qu'irrégulièrement depuis 1761, Lawe et Franks choisirent de s'y installer. S'ils furent les premiers anglophones à y élire domicile, ils ne furent cependant pas les seuls. Après avoir acquis des terres sur la rive est de la rivière Fox, ils s'installèrent parmi une vingtaine de familles qui constituaient une population de base dont le nombre variait selon les saisons de 50 à 100 personnes. Quelques-uns de ces résidents, en particulier les Grignon, les Langlade, les LaRose, les Caron et les Jourdain, pouvaient faire remonter aux années 1730 et 1740 l'établissement de leurs ancêtres à La Baye. Ils étaient tous francophones et catholiques (bien que sans prêtre) et avaient associé leur avenir au commerce avec les Indiens. Tous avaient des liens de parenté étroits avec leurs voisins, les Menomini, les Ojibway et les Ottawa.4

Franks conserva deux résidences à Mackinac et à Green Bay jusqu'à la guerre de 1812. Cette année-là, ses activités pro-britanniques conduisirent les Américains à piller sa résidence de Mackinac. Dans la crainte d'être continuellement menacé, il se retira à Montréal après avoir vendu son fructueux commerce et les terres qu'il avait mises en valeur, à Lawe, son neveu de La Baye. Dans la transaction, Lawe hérita aussi de Thérèse LaRose, l'ancienne femme de Franks, d'origine Ottawa, et de quelques enfants métis.

A la famille déjà nombreuse de Lawe s'ajoutèrent les enfants de Franks. Vers 1807, Lawe avait "volé" la femme de Charles Grignon, son rival commercial. Sophia Thérèse Rankin, ou Ne-kick-o-qua, était la fille d'un négociant britannique et petite-fille d'Ashawabemy, un Ottawa des environs de Mackinac. Ce dernier s'était installé avec les familles francophones de La Baye dans le dernier tiers du XVIIIe siècle et s'était marié au sein d'une importante famille Menomini. Ashawabemy construisit une cabine d'écorce, avec une cheminée centrale, et maria ses filles et petites-filles à des négociants blancs et à des voyageurs. A toutes il donna une partie de ses terres, qui s'étendaient le long de la rive ouest de la rivière Fox.

Quand Thérèse Rankin s'installa avec Lawe, elle avait déjà deux filles de son union avec Grignon qu'elle avait, semble-t-il, quitté. A la fin de la guerre, cependant, le foyer de Lawe comptait quatre nouveaux enfants, la famille de Thérèse LaRose Franks ainsi que de nombreux engagés canadiens et des serviteurs indiens. La communauté où ils vivaient s'était également développée. On dénombrait quelque 90 familles dont la plupart avaient soutenu les Britanniques pendant la guerre et devaient désormais faire face à la menace de représailles de la part des Américains.

La Baye n'était pas un exemple exceptionnel de développement communautaire qui ait franchi la ligne de séparation d'avec une colonie prétendue "blanche." Dans le dernier tiers du XVIIIe siècle, au c(ur même d'une nature que John Quincy Adams qualifiait de "hurlante" et sauvage, une vingtaine de villes et de villages se succédaient le long de l'arc formé par les Grands Lacs, parsemés sur la berge des rivières qui se jetaient dans les lacs Supérieur, Huron et Michigan et dans l'imposant bassin hydrographique du Mississippi.

Le centre du commerce de fourrures de Michilimackinac était fier de posséder quarante maisons en 1749, et deux fois plus en 1797 sans compter St. Ignace, colonie établie vers 1690, sur la rive nord du détroit. En 1746, Vincennes, située sur la partie inférieure du Wabash regroupait quarante hommes, vivant avec famille et esclaves. Trois ans plus tard, Fort St Joseph, dans le sud-ouest du Michigan, recensait entre quarante et cinquante familles. Quant à Détroit, étoile grandissante des Grands Lacs, elle comptait entre quatre-vingts et cent familles en 1767. Enfin, en 1780, Prairie du Chien était aussi devenue une ville d'une importance considérable.

En 1790, des hameaux de commerce hébergeant d'une famille nombreuse ordinaire à plusieurs centaines de personnes furent établis à Peoria, Cahokia, Chicago, Fort Wayne, Ouitanon, Parc aux Vaches, Riviere Raisin, Sault Ste Marie, Petit Kaukalin, Portage, La Pointe, etc. A peine reconnus par la population côtière et presque complètement passés sous silence de 1763 à 1816, les habitants de ces villes étaient, comme ceux de La Baye, des métis d'ascendance indienne et blanche ("métis" signifie tout simplement "mélange").

Dès les premières décennies qui suivirent la conquête européenne, le mariage avec les autochtones nord-américains allait de pair avec le commerce des peaux et des fourrures. On retrouvait ce phénomène aussi bien en Virginie qu'en Nouvelle France bien que dans le sud, la transition rapide vers une économie agricole ait diminué l'utilité des unions interraciales. Dans le nord, en revanche, le climat, la politique gouvernementale, un accès facile aux rivières et une population riche en aventuriers et en marins mercenaires favorisèrent la perpétuation du commerce avec les Indiens, longtemps après qu'on se soit rendu compte qu'il était possible de développer l'agriculture. En 1680, au moins 800 membres, c'est-à-dire le cinquième de la population masculine du Canada français, âgés de vingt à soixante ans, s'absentaient de la colonie annuellement, à la recherche des fourrures de l'intérieur. A leur retour, leur conduite prodigue renforçait la disposition des jeunes hommes de la colonie à "vivre comme des sauvages," à "se déplacer nus et vêtus comme les Indiens." Les arrêtés adressés de manière répétée à ces coureurs de bois débauchés ne purent toutefois empêcher le mouvement de la population vers le nord-ouest. 5

De plus, la paix avec les Iroquois en 1695 fit disparaître les dernières barrières et entraîna la délocalisation vers les Grands Lacs et loin de Montréal du commerce de fourrure et de son personnel mobile et semi-indianisé. Là, à partir des années 1690, les récits des missionnaires, des voyageurs et des représentants du gouvernement proclament unanimement et avec de plus en plus d'intensité que les nouveaux postes de commerce reproduisaient les mêmes irrégularités que leurs prédecesseurs de l'est. A Michilimackinac, île de forme bossue du détroit qui relie les lacs Huron et Michigan, lieu de naissance de Nnabozha, héros de la culture d'Algonquie centrale et centre stratégique du monde des Grands Lacs, on se souciait particulièrement peu des lois.

Dès les années 1630, des voyageurs et des missionnaires français hantèrent le détroit. En 1695, le commandant La Mothe Cadillac décrivait ce grand comptoir commercial de l'ouest comme l'"un des plus importants de tout le Canada". Soixante habitations couvertes d'écorce et logeant des négociants, leur épouse indigène et la première génération d'enfants métis, étaient parsemés le long de la rive nord, près de la ville actuelle de Saint Ignace, dans le Michigan. Cinq ans plus tard, 104 négociants et voyageurs hors-la-loi y résidaient clandestinement, méprisés par Carheil, un missionnaire jésuite, pour leur apostasie et leurs relations lubriques avec les femmes autochtones.6

Le refus amer de Carheil de reconnaître et de sanctifier les mariages entre païens et apostats, soûlards et bigames, était courant chez les missionnaires consciencieux. Toutefois, ce refus n'arrivait à empêcher ces mariages ni à Michilimackinac ni dans d'autres villages moins notables. Au XVIIe et XVIIIe siècle, alors que les couples québecois se mariaient furtivement pour tourner les restrictions judiciaires et écclésiastiques, la plupart des mariages entre Indiens et Blancs de la région des Grands Lacs étaient célébrés "à la façon du pays", sans notaire ni prêtre.

Au Canada, la coutume généralisée de ces mariages "locaux" entre employés de la Hudson's Bay Company et leurs épouses autochtones ou métisses a récemment fait l'objet d'une étude bien documentée de Sylvia Van Kirk.7 Au sud de la frontière actuelle canadienne, les traditions matrimoniales s'étaient développées de la même manière. Cependant, jusqu'à ce que des monopoles comme la North West Company réussissent à contrôler la région, des changements moins fréquents parmi les voyageurs et résidents de communautés comme Green Bay, semblent avoir créé un climat favorable à une plus grande stabilité. La vie dans les villages métis, qui ne semble pas avoir d'équivalent dans le nord permettait aux "improductifs" de n'importe quel âge de trouver leur place. Même en l'absence d'un clergé et d'une magistrature organisés, la pression collective en ville tendait à réduire la débauche chez les Anglo-Canadiens et les Franco-Canadiens. En hiver, la vie dans les postes commerciaux était d'une toute autre nature. C'était là que les jeunes métis et les nouveaux arrivés blancs avaient leurs premières aventures, la plupart du temps éphémères, avec les femmes du pays.

L'âge et l'expérience contribuaient également à établir une plus grande stabilité. La plupart des hommes de Green Bay accusés en 1824 étaient des époux responsables depuis de nombreuses années. Bien que Charles Reaume, un juge désigné sans trop de rigueur, ait célébré les mariages des membres de l'élite locale depuis environ 1800 et que quelques négociants influents aient accompagné leur progéniture et leurs femmes à Mackinac pour un baptême tardif et une confirmation de leurs liens matrimoniaux, personne à La Baye ne remettait en question la légitimité des unions contractées par accord verbal.8 Par contraste avec les Anglais, habitués depuis longtemps aux exigences écclésiastiques et civiles d'un mariage légitime, la troisième et quatrième génération de métis des Grands Lacs comptaient sur la force des coutumes tribales, des pratiques paysannes françaises et de la loi de Paris pour servir de garantie à leur union. Le sens pratique d'un vieux proverbe français était encore valable pour le Green Bay de 1824:
Boire, manger, coucher ensemble
C'est mariage, ce me semble.9
Si les mariages contractés "à la façon du pays" suffisaient à satisfaire le besoin humain de légitimité et de stabilité dans les communautés qui vivaient du commerce de la fourrure, le manque de documentation qu'ils occasionnèrent empêche aujourd'hui un recensement exact de la population métisse. Au mieux, les listes de voyageurs titulaires d'une licence les autorisant à faire du commerce dans les Grands Lacs, donnent-elles une idée de leur nombre. En 1777, par exemple, 2431 voyageurs avaient une licence officielle. Cependant, Grace Nute estime que deux fois plus d'individus travaillaient là, après que la concurrence et l'expansion britanniques aient remplacé le système de licence limité des Français.10 On pouvait trouver deux types de voyageurs. D'abord les blancs-becs licenciés de Montréal (mangeurs de lard) qui, s'ils supportaient les épreuves de la première année, prenaient d'habitude une épouse autochtone ou métisse et, devenus vieux, se retiraient à Green Bay, Prairie du Chien, ou dans une communauté voisine. Ensuite, et d'une importance croissante, on trouvait les voyageurs de la région. Il s'agissait de métis, originaires des colonies de l'intérieur, qui se faisaient embaucher chez eux ou à Mackinac plutôt qu'à Montréal. Après la Révolution américaine, beaucoup d'autres encore, qui s'appelaient "gens libres", exercèrent leur métier à leur propre compte ou associés avec un commerçant indépendant du coin, de Sault Ste Marie à Red River.11

S'il est impossible d'obtenir l'intégralité des chiffres, on peut toutefois avancer des pourcentages approximatifs, tout au moins pour deux villes. Si l'on garde à l'esprit que le registre de Michilimackinac sous-estime largement le nombre des actes de la vie civile, les notations de naissances et de mariages indiquent toutefois que les métis représentaient une part significative de la population jusqu'en 1820.12 De même, à Green Bay, la reconstitution de trois générations de 1765 à 1829 met en évidence un nombre croissant de familles métisses, indigènes et prolifiques.

Avant 1795, vingt-deux des vingt-sept chefs de famille de Green Bay, soit 81% d'entre eux, étaient mariés à des femmes dont on sait qu'elles étaient indiennes ou métisses, alors que trois seulement étaient eux-mêmes métis. Quatorze ans plus tard, alors que la deuxième génération de métis commençait à fonder leurs propres familles, les nouveaux chefs de famille métis atteignaient un nombre minimum de quarante (soit 42% du total) et un nombre maximum de soixante (soit 63% du total). En 1816, si l'on fait le calcul en ne comptant que les épouses dont on connaît l'origine, 87% des 84 foyers étaient métis (environ 533 habitants). En 1829, le pourcentage de métis dans le nombre total de foyers avait baissé à 60% en raison de l'afflux graduel d'Américains occupés par des activités non commerciales. Cependant, la plupart de ces Américains étaient célibataires ou sans enfants. Si l'on ne tient compte que des couples dont on connaît les enfants (ce qui représente 104 foyers sur 142), 78% des familles fertiles de Green Bay étaient métisses à la veille de l'américanisation de la ville. Ces couples étaient prolifiques; presque aussi prolifiques que les familles franco-canadiennes du Québec du XVIIe siècle.

Comme le montre le recensement effectué en 1830 dans le Territoire du Michigan, Mackinac et Green Bay croulaient sous le poids des hommes célibataires. Le déséquilibre entre les sexes était endémique dans les communautés commerciales métisses, mais les chiffres de 1830 sont trompeurs : à Green Bay, la plupart des habitants mâles étaient des célibataires américains, spéculateurs et aventuriers arrivés dans la ville cette même année. A Mackinac, où le recensement avait lieu au mois d'août, le surplus de population masculine reflétait la croissance du nombre de voyageurs, venus y passer l'été pour s'amuser, échanger leurs fourrures et se réengager pour l'hiver suivant. Leurs femmes et leurs enfants restaient à la maison pour pêcher et s'occuper de la ferme, dans le village de la tribu ou dans l'une de ces communautés métisses de l'intérieur, issues du commerce avec les Indiens.13

Les conditions de vie, la culture de base et les activités des métis les différenciaient de leurs parents et voisins indiens et de la société européenne de l'est. L'établissement de villes et de villages permanents, géographiquement séparés et visuellement distincts des villages adjacents où habitaient les Indiens, était un signe critique du développement métis. Cependant, à l'instar d'autres communautés agricoles et tribales pratiquant une économie de subsistance basée sur le troc, les villages métis n'étaient jamais grands. Leur taille maximum semble ne jamais avoir dépassé 1000 habitants, même pour d'importants postes commerciaux comme Mackinac et Détroit.

La configuration des villages métis rappelait vaguement les anciens établissements français en longueur du bord du Saint Laurent. Ces établissements avaient eux-mêmes été adaptés à une économie basée sur le commerce de la fourrure : ils ne reproduisaient pas le modèle des villages agricoles européens. Dépourvues de centre, de structure en grille rectangulaire, et la plupart du temps de titres fonciers vérifiables, les villes métisses étaient éparpillées le long des rivières et des lacs de l'intérieur et semblaient avoir été conçues sans plan.

Le sous-développement et le désordre apparents de ces colonies choquaient les observateurs extérieurs. William Keating dénigrait ces petites huttes de rondins verticaux, recouvertes d'écorce, avec un toît haut et pointu et une cheminée de boue séchée et de chaume, les qualifiant de "cabanes rudimentaires".14 Ces maisons bordaient la route principale, la rivière, dans laquelle elles s'effondraient souvent après des années de décomposition. Derrière elles, d'étroits jardins clôturés par des piquets se perdaient dans les bois et protégeaient des chevaux, des porcs et du bétail à cornes qui erraient librement de minuscules plants de petits pois, de pommes de terre et d'ail,. L'agriculture, telle qu'elle se présentait, était confinée à un terrain commun de taille modeste. A Green Bay, seulement trois kilomètres carrés avaient été mis de côté pour cultiver le sol.15

Les voyageurs dotés du sens de l'humour pouvaient rire de ces fermes métisses rudimentaires et de ces outils et moyens de locomotion moyenâgeux, mais en général, les Américains du début du XIXe siècle méprisaient ces gens à l'apparence indienne qui avaient perdu le sens de la propriété privée et de son exploitation totale. Les métis eux-mêmes avaient développé un humour d'auto-dérision remarquable. Ils parlaient ironiquement de leurs clairières comme de "déserts," dérivant même un verbe à partir de ce mot, "déserter" c'est-à-dire "ravager la forêt ou introduire des cultures."16

Comme l'architecture métisse qui mêlait des techniques et des matériaux de construction algonquins au style et au confort normands, l'habillement, la cuisine, les loisirs, les transports, les pratiques médicales, la langue, les croyances et les m(urs des métis des Grands Lacs étaient empruntés librement à la culture indigène et à la tradition culturelle européenne, puis adaptés à la société métisse. En 1766, à Détroit, Jonathan Carver fit la remarque suivante :

Il n'est pas rare de rencontrer un Français avec des chaussures et des bas indiens, sans haut-de-chausses, et portant une bande de tissu en laine pour couvrir ce que la décence lui impose de cacher. Pourtant, en même temps, il porte une belle chemise à jabot, un gilet à lacets et un joli foulard sur la tête.17
Pour Carver, les "Français" de Détroit avaient "abandonné leurs habitudes de sauvages" avec l'arrivée des Anglais.18 Pourtant, soixante ans plus tard, en 1820, la mode métisse se distinguait toujours. Les voyageurs métis étaient reconnaissables aussi bien à leur culotte bleue, leur grande cape et leur violon, qu'à leurs jambières, leur écharpe, leur large ceinture rouge tissée à la main, leurs mocassins, leurs plumes sur la tête et leurs tabous.

Les festivals métis et la nourriture qui était servie pour l'occasion étaient également syncrétiques. Les femmes de Green Bay, de Mackinac et d'autres villages du nord célébraient le Carême et l'époque où on leur faisait la cour dans les bois d'érables près des cabanes d'Algonquie centrale, auprès de leur famille indigène. Là, les jeunes couples faisaient sauter des crêpes au sucre d'érable, un condiment aussi essentiel que l'ail dans la préparation métisse du poisson et du gibier. Chez eux, de vieux voyageurs tout ratatinés, qui s'étaient retirés depuis logtemps dans leur jardin, soignaient amoureusement les boutures de poiriers, pruniers et abricotiers québécois à partir desquels étaient distillés l'eau de vie et le vin pour la table des négociants. Les plus âgés et les plus pauvres ne prenaient que rarement part aux festins qui abondaient en viandes et en pâtisseries. Ils avaient déjà de la chance s'ils pouvaient se procurer suffisamment de tabac et de thé.19

J.G. Kohl résume succintement l'hybridation culturelle métisse en 1860 :
... les métis canadiens se vantaient souvent de leurs deux ascendances : une ascendance européenne qui avait commencé avec un "lieutenant du roi" et une ascendance indienne qui avait démarré avec quelque chef célèbre. J'ai rencontré un métis, un homme assez riche, qui avait fait graver sur sa chevalière à la fois son blason français et son totem indien (une loutre).20 Un amalgame aussi ingénieux de deux lignées et de deux cultures ne fit pas pour autant des métis une population marginale, déchirée entre deux identités. En fait, avant 1830, certains métis des Grands Lacs établissaient une démarcation entre eux-mêmes et leurs clients indiens, ceux dont ils étaient le plus proche, tout comme d'autres se distinguaient des "Blancs". Quoique les métis aient utilisé peu de termes descriptifs pour s'identifier (des habitants métis de La Baye se considéraient comme des Français créoles, c'est-à-dire nés dans les colonies), on peut déduire à partir des étiquettes collées aux étrangers (Indiens ou Blancs), que les membres de la communauté métisse se considéraient comme différents. L'un des informateurs de Kohl suggère que le terme "Blanc" était réservé aux Américains.21

L'une des raisons principales pour lesquelles les métis des Grands Lacs purent se construire une identité propre fut leur monopolisation des postes moyens, au sein du système du commerce de la fourrure. En général, contrairement aux coureurs de bois, leurs précurseurs du XVIIe siècle, les ancêtres des métis des Grands Lacs ne se transformèrent pas en chasseurs indiens blancs et ne s'abandonnèrent pas non plus à la société indienne. A l'inverse, les premiers Canadiens qui migrèrent dans la région des Grands Lacs après 1695 se retrouvèrent face à un grand vide, en raison du barrage des routes commerciales de Montréal par les Iroquois, ainsi que de la dislocation et de la dévastation temporaires des intermédiaires Hurons et Ottawas. S'étant emparé de manière agressive d'une position d'influence à Michilimackinac, Sault Ste Marie, Green Bay, Prairie du Chien et ailleurs, ils exercèrent, avec leurs enfants métis, la fonction d'intermédiaire entre les tribus sioux et les tribus d'Algonquie centrale au nord-ouest et la société européenne à l'est. Ils furent surtout négociants, voyageurs et commis qui allaient vivre parmi leurs clients autochtones dans des agglomérations de taille moyenne.

Les familles Grignon de La Baye et LaFramboise de Mackinac étaient caractéristiques des quelques douzaines de familles métisses dominantes de la région des Grands Lacs. Charles Grignon et ses six frères commerçants engendrèrent la dernière génération de métis identifiables de Green Bay, tout comme les cousins La Framboise furent les derniers membres de la communauté sur l'île et à Chicago. Ces familles patriarcales composées de nombreux parents, de domestiques, d'employés et d'engagés, mais aussi de serviteurs autochtones étaient d'excellentes écoles destinées à engendrer une nouvelle génération de médiateurs métis. Ironiquement, toutefois, les enfants nés entre 1800 et 1820 se trouvèrent dépouillés de leur héritage. L'angoisse liée à la réadaptation des enfants aux valeurs américaines et à un système de classification raciale de plus en plus rigide peut être inféré du mode de vie qui allait suivre. Mais un rapide coup d'(il sur les ancêtres patriarcaux peut rendre plus claire la qualité unique de ce monde qui avait soudainement disparu.

En 1728, l'arrière grand-père de Charles Grignon, le Sieur Augustin Mouet de Langlade, obtint une licence l'autorisant à faire du commerce à Michilimackinac grâce aux seuls liens de parenté qu'un officier de marine canadien de la deuxième génération pouvait réussir à obtenir pour son plus jeune fils. Bien qu'il n'ait eu que 25 ans, Langlade, ambitieux, se maria à la veuve Villeneuve et recueillit ses six enfants, dont l'un était déjà adolescent. Ce fut un choix heureux quoique non romantique. Domitille Villeneuve (c'était son nom de baptême) était la s(ur de LaFourche, chef local des Ottawa, et fille du chef Kewanoquat. Cette alliance qui devait durer toute une vie, doublée de l'affiliation familiale de Langlade au commandant de garnison du détroit, assura son succès de négociant parmi les Ottawa au sud de Grand River et avec les Menomini à Green Bay.22

Cette double parenté permit également à Langlade de transmettre à son unique enfant, Charles Langlade, à la fois un commerce établi avec les Ottawas et un brevet dans l'armée française, bien que dans le service indien. La carrière brillante de Charles Langlade comme chef militaire, stratégiste et agent indien, longue de près de 40 ans et s'étendant sur trois empires est bien connue. On a fait moins attention à ses capacités biculturelles. Produit de deux cultures et de deux systèmes d'éducation, Langlade passait facilement d'une société à l'autre. Quand il ne passait pas l'hiver avec sa famille Ottawa, des missionnaires jésuites lui donnaient des cours particuliers, au détroit. Sa distinction et son intelligence impressionnaient les dirigeants militaires français et anglais, bien qu'ils aient douté, à juste titre d'ailleurs, de son allégeance.


Langlade était également respecté et admiré de ses parents Ottawa qui l'appelaient Akewangeketawso, c'est-à-dire le conquérant militaire. Dès l'âge de 10 ans, il avait combattu contre les Chickasaws sous la protection de LaFourche, son oncle maternel. Les Ottawa pensaient que Langlade possédait un puissant manitou et que, s'il l'avait souhaité, il aurait pu devenir un personnage influent au sein du peuple de sa mère.

Langlade choisit de ne pas associer ses intérêts à l'un ou à l'autre de ces pouvoirs. En réalité, tout comme ses compatriotes militaires, Claude Gauthier (un neveu métis), J.B. Cadotte et Louis Chevalier, tous négociants et voyageurs de Michilimackinac, il préféra adopter une position intermédiaire. Langlade et les autres constituaient l'élite autour de laquelle s'articulèrent les communautés métisses stables de Green Bay, Prairie du Chien et La Pointe, dans l'état du Wisconsin et St Joseph dans l'état du Michigan.

Il était prévisible que Charles Langlade se maria d'abord à une femme Ottawa du clan LaFourche. Pourtant, sa réputation après la destruction de Pickawillany et la défaite de Braddock lui assurèrent à la fois le contrôle perpétuel des Indiens de Green Bay et la main de la fille créole d'un commerçant de Détroit. Après 1763, Langlade s'installa définitivement à Green Bay, dans cette même ville où, à partir des années 1740, il avait fait du commerce avec son père et le reste de sa famille. Il amena avec lui ses deux parents âgés, sa femme et deux petites filles, son neveu Gauthier ainsi que Charles et Agathe, ses enfants d'origine Ottawa.

Les enfants reçurent une éducation convenable. Après ses études à Montréal, Charles Jr rejoint son père dans son affaire et devint plus tard interprète entre les Britanniques et les Indiens. Les filles de Langlade, qui furent éduquées à la maison, se marièrent à des commerçants et à un voyageur de Michilimackinac. La plus jeune, Domitille, hérita de l'affaire et des terres familiales de Green Bay et avec Pierre Grignon, son mari, elle lança la troisième génération influente.

Au tout début du siècle, à la mort de Charles Langlade et de Claude Gauthier, leurs dynasties apparentées étaient solidement implantées à Green Bay, Michilimackinac et Prairie du Chien. Leurs enfants et petits-enfants métis fonctionnaient tous avec succès comme négociants (ou femmes de négociants), interprètes et officiers de la milice et du service indien. En outre, leurs petits-fils étaient déjà en train de relancer le cycle en cherchant de nouvelles affiliations dont le résultat serait sans aucun doute de gonfler les rangs métis.

Des huit fils de Domitille Grignon (y compris un survivant du premier mariage de son mari avec une femme Winnebago) dont on connaît les femmes, tous firent des mariages intelligents. Pierrishe s'apparenta à la famille Winnebago Dekaury; Louis prit la fille d'un chef Ojibway; Charles épousa Thérèse Rankin, petite-fille d'un chef Menomini et future femme de John Lawe; Augustin choisit une parente du chef Menomini Oshkosh. La première femme d'Amable était Ojibway et sa deuxième femme, fille d'un négociant métis de Red River.

Au même moment, à Michilimackinac, pour ne citer qu'un exemple, le clan LaFramboise avait formé des alliances par mariage avec les Potawatomi, les Sioux et les Ottawa. Ni les affiliations des Grignon ni celles des LaFramboise n'étaient uniques. Toutes les communautés métisses en comptaient plusieurs. En 1820, toutes ces affiliations s'étaient tellement enchevêtrées dans ces alliances maritales et commerciales que l'identité métisse était devenue régionale plutôt que spécifique à un endroit. Un tel développement avait été rendu inévitable par l'essor du commerce de la fourrure et par le système métis français qui consistait à passer l'hiver avec la tribu. Dans les années 1850, après que le commerce eut été déplacé vers le nord-ouest, J.G. Kohl rencontra par hasard un métis dont l'auto-description aurait tout aussi bien pu être faite par les commerçants de la génération précédente :

 Où je reste? Je ne peux pas te le dire. Je suis Voyageur, je suis Chicot, Monsieur. Je reste partout. Mon grand-père était Voyageur : il est mort en voyage. Mon père était Voyageur : il est mort en voyage. Je mourrai aussi en voyage, et un autre Chicot prendra ma place. Tel est le cours de notre vie.23
Le dénouement dans la région des Grands Lacs survint précipitemment avec l'absorption et l'élimination des négociants indépendants par l'American Fur Company. Vers 1830, une concurrence intense entre les compagnies américaines et britanniques avait dépouillé une bonne partie des Grands Lacs de leur fourrure. Par la suite, les cessions et les délocalisations indiennes ainsi que la spéculation sur la terre et l'implantation américaines contribuèrent à priver de leurs droits les intermédiaires métis. Les fermiers et les hommes d'affaires américains n'avaient pas besoin de courtiers ni de tampon entre eux et une population indienne abattue et regroupée dans de tristes réserves.

Certains métis avaient senti la fin approcher et choisirent de migrer dans le nord-ouest du Minnesota et à Red River. D'autres s'isolèrent. Dès 1800, les Grignon et leur grande famille passaient l'hiver très loin, à l'ouest, aux sources du Mississippi et à Pembina, à la recherche de meilleures fourrures. Cependant, tout comme John Lawe, c'est avec mépris qu'ils refusèrent que la communauté métisse de Green Bay émigre à Red River avec les Menomini,24 comme le suggéraient Robert Dickson et Lord Selrik de 1816 à 1819. Ayant atteint un certain âge, ce ne serait qu'avec difficulté qu'ils quitteraient les lieux. John Lawe ne partit jamais, bien que sa tentative d'entrer en compétition avec les hommes d'affaires yankees le laissa presque démuni.

Les enfants avaient moins de moyens à leur disposition et une défense plus fragile contre les préjugés des Américains. La plupart de ceux qui restèrent tombèrent dans l'anonymat et la pauvreté. Quelques-uns épousèrent des Américains et se convertirent maladroitement aux travaux de l'agriculture. Mais la plupart s'enfuirent vers les réserves où vivait leur famille autochtone ou bien allèrent vivre dans d'anciens postes de commerce et dans des villes nouvelles près d'une réserve ou d'un village, là où leur savoir-faire dans la médiation et les transports pouvait encore être exploité pendant quelques décennies.25

Vers 1840, la population métisse de Green Bay avait en fait disparu. Les amateurs de curiosité devraient voyager jusqu'à Bay Settlement, De Pere, Kaukauna, Butte des Morts, Wisconsin Rapids, Portgage (sic(, Prairie du Chien, mais aussi jusque dans le haut Mississippi et les lacs du Minnesota pour trouver les cabanes d'écorce et les clôtures de piquets, les voix françaises en vêtements indiens et les vestiges d'une coexistence et de relations pacifiques. Enfin, ils devraient se rendre jusqu'à la colonie de Red River où un bon nombre des homologues des Grignon, de La Baye, Mackinac et Sault Ste Marie s'étaient déjà retirés parmi les "hommes libres" et les voyageurs métis des deux compagnies associées, la North West Company et la Hudson's Bay Company.26 Ce qui fait l'identité métisse appartient de droit aux prairies canadiennes où elle continue à se nourrir.



Jacqueline Peterson est professeur assistant d'histoire et de cultures américaines comparées à l'Université de Washington State, à Pullman, dans l'état de Washington. Elle était auparavant professeur assistant d'histoire et d'études amérindiennes à l'Université du Minnesota et chercheuse associée pour l'élaboration d'un Atlas de l'Histoire des Indiens des Grands Lacs qui sera bientôt publié aux éditions de l'University of Oklahoma. Elle a également écrit un certain nombre d'articles dans le domaine de l'histoire métisse et va éditer en collaboration avec Jennifer S.H. Brown, Les nouveaux peuples : être et devenir métis en Amérique du Nord (University of Manitoba et University of Nebraska Presses, 1984).

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Notes (en anglais)

 

1. 1824 Trials and Decisions, James D. Doty Papers, State Historical Society of Wisconsin, Madison, Wisconsin; Col. Ebenezer Childs, "Recollections of Wisconsin Since 1820," Collections of the State Historical Society of Wisconsin 4(1859): 166-67.

2. 1820-1855 Unbound Letters, Charles A. Grignon Papers, State Historical Society of Wisconsin, Box 1.

3. John Lawe to Robert Hamilton, August 26, 1822, September 5, 1823, and September 12, 1824, Collections of the State Historical Society of Wisconsin 20(1911): 277-78, 308-310. 351-52.

4. Augustin Grignon, "Seventy-two Years Recollections of Wisconsin," Collections of the State Historical Society of Wisconsin 3(1904): 241-42.

5. Harris, Richard Coleman. The Seigneurial System in Early Canada, A Geographical Synthesis (Madison: University of Wisconsin Press, 1968), p. 115; Jacques Henripen, La Population Canadienne au Début du XVIIIeSiecle: Nuptialité, Fecondité, Mortalité infantile (Paris: Presses Universitaires de France, 1954), p. 20; Samuel Eliot Morrison, The Parkman Reader, From the Works of Francis Parkman (Boston: Little Brown, 1955), p. 258.

6. Sheldon, E.M. The Early History of Michigan, From the First Settlement to 1815 (New York: A.S. Barnes, 1856), pp. 173-74; Peter L. Scanlan, Prairie du Chien. French, British, American (Menasha, Wisconsin: George Banta, 1937), p.21; Collections of the State Historical Society of Wisconsin (1898): 19.

7. Van Kirk, Sylvia. "Many Tender Ties": Women in FurTrade Society, 1670-1870 (Winnipeg, Manitoba: Watson & Dwyer Publishing Ltd., 1980); Jennifer S.H. Brown, Strangers in Blood: Fur Trade Company Families in Indian Country (Vancouver: University of British Columbia Press, 1980).

8. "Certificates of Marriages, Baptisms and Divorces," vol.. 55, Grignon, Lawe & Porlier Papers, State Historical Society of Wisconsin, Madison, Wisconsin.

 9. Hunt, David. Parents & Children in History: The Psychology of Family Life in Early Modern France (New York: Harper Torchbooks, 1970), p. 64.

 10. Nute, Grace. The Voyageur (New York and London: D. Appleton & Company, 1931), p. 7.

11. Keating, William S. Narrative of an Expedition to the Source of St. Peter's River, Lake Winnepeek, Lake of the Woods etc. Performed in the year 1823, 2 vols. (London: Geo. B. Whittaker, 1825) 1: 48; George Johnston, October 1, 1828 Report, Executive Office 1810-1910, Box 232, State Archives of Michigan, Lansing, Michigan; John Johnston to Colonel Trimble, January 24, 1822, St. Mary's Falls, in Henry Rowe Schoolcraft, Archives of Aboriginal Knowledge, 6 vols. (Philadelphia: Lippincott and Company, 1860) 2:524.

12. Mackinac Register, Collections of the State Historical Society of Wisconsin 28 (1908): 469-513; Collections of the State Historical Society of Wisconsin 29 (1910): 1-149.

13. Harlan, Elizabeth Taft and Elizabeth Case, eds., 1830 Federal CensusCTerritory of Michigan (Detroit, Michigan: 1961); Gurdon S. Hubbard to Abby Hubbard, August 24, 1818, Gurdon S. Hubbard Papers, Chicago Historical Society, Chicago, Illinois.

14. Keating, WiDiam S. Narratzue of an Expedition, 1: 75-76, 165-66; John Parker, ea., The Journals of Jonathan Carver and Related Documents 176~1770 (Minneapolis-St. Paul: Minnesota Historical Society Press, 1976), p. 75; James H. Lockwood, "Early Times and Events in Wisconsin," Collections of the State Historical Society of Wisconsin 2(1855): 119; Thomas L. McKenney, Sketches of a Tour to the Lakes, of the Character and Customs of the Chippeway Indians, and of Incidents Connected with the Treaty of Fond du Lac (Baltimore, Maryland: Fielding Lucas, Jun'r, 1827, 276-77; John H. Fonda, "Early Reminiscences of Wisconsin," Collections of the State Historical Society of Wisconsin 5(1868): 232.

15. American State Papers, Public Lands. Vol. 5 (Washington, D.C.: Gale & Seaton, 1860), p. 97.

16. KohL J.G. Kitchi-Gami, Wanderings Round Lake Superior (London: Chapman and Hall, 1860; Reprint ea., Minneapolis: Ross and Haines. 1956). DD. 304. 304n.

 17. Parker, John, ea., The Journals of Jonathan Carver, p. 66.

18. Ibid.; William S. Keating, Narrative of an Expedition, 1:76; Thomas L. McKenney, Sketches of a Tour to the Lakes, p. 350; Elizabeth Therese Baird, "Indian Customs and Early Recollections," Collections of the State Historical Society of Wisconsin 9(1882): 322-23; Elizabeth Therese Baird, "Reminiscences of Early Days on Mackinac Island." Collections of the State Historical Society of Wisconsin 14(1898): 63.

19. Baird, Elizabeth Therese. "Reminiscences of Early Days on Mackinac Island," p.21; Thomas L. McKenney, Sketches of a Tour to the Lakes, p. 263; General Albert G. Ellis, "Fifty-four Years Recollections of Men and Events in Wisconsin," Collections of the State Historical Society of Wisconsin 7(1876): 219-222.

20. Kohl, J.G. Kitchi-Gami, p. 297.

 21. Kohl p. 261; Andrew J. Vieau, Sr. "Narrative," Collections of the State Historical Society of Wisconsin 9(1882): 234.

 22. Collections of the State Historical Society of Wisconsin 7(1876): 125, 179-185

 23. Kohl J.G. Kitchi-Gami, p. 260. "You ask where I live. I cannot tell you. I am a Voyageur, a Chicot, sir. I live everywhere. My grandfather was a voyageur; he died while on a voyage. My father was a voyageur; he died while on a voyage. I will also die while en route, and another Chicot will take my place. Such is our course of life." 

24. Robert Dickson to John Lawe, April 23,1819, Collections of the State Historical Society of Wisconsin 20(1911): 105-06.

25. Keesing, Felix. "Leaders of the Menomini Tribe," typescript, n.d. United States Manuscripts, State Historical Society of Wisconsin, Madison, Wisconsin; Charles A. Grignon Papers, Unbound Letters, State Historical Society of Wisconsin; Andrew J. Vieau, Sr., "Narrative," pp. 226-233; Peter J. Vieau, "Narrative," Collections of the State Historical Society of Wisconsin 15(1900): 465-67.

26. Charles A. Grignon Papers, Unbound Letters, 1820-1855, State Historical Society of Wisconsin; Donald Chaput, "The 'Misses Nolin,"' The Beaver (1975): 14-17.


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