Le Wisconsin Français
by Elisabeth GAENSLEN (1970)


[Madame Gaenslen était membre de l'Alliance Française de Milwaukee quand elle a rédigé cette communication, présentée avec des diapositives en 1970.]

        Il faut d'abord que je vous prévienne de ne pas vous faire attendre à des diapositives sensationnelles. Bien entendu les vestiges tangibles du Wisconsin français ont presque tous disparu. Le Wisconsin français s'est terminé politiquement par le traité de Paris entre la France et l'Angleterre en 1763. Il a continué socialement jusqu' à vers le première tiers du dix-neuvième siècle. On a continué à parler français et à garder les coutumes familiales françaises à la Baie et à Prairie du Chien. Les bûcherons du nord ont longtemps chanté les chansons canadiennes françaises. Mais, bien entendu maisons, forts, magasins ont disparu, sauf "la plus vielle maison du Wisconsin" à la Baie, bâtie en 1776 par Joseph Roi et achetée par la suite par Jacques Porlier et que l'on peut encore visite, très modifiée et meublée par ses propriétaires plus récents, la famille Tank.
        Je veux aussi vous dire que je me sens un peu présomptueuse de vous parler du Wisconsin français à vous, Américains. Wisconsiniens, qui me l'avez appris. Il est triste en effet de constater que le haut Canada, négligé et abandonné par le gouvernement de Louis XV est aussi maintenant en grande partie oublié et méconnu par les Français de France. On n'y lit pas les "Relations des Jésuites," les "Mémoires de Perrot," ni même les "Lettres de LaSalle." Pourtant LaSalle, incontestablement le plus grand, est le seul bien connu des français ainsi que Bienville et Iberville qui ont fondé la Nouvelle Orléans. LaSalle était noble, il avait des amis influents et une personnalité qui s'imposait. C'est lui le seul qui ait plaidé à la cour du Roi la cause de l'Amérique française avec un certain succès. Le modeste Du Lhut qui fut aussi en France plaider sa cause n'a même pas son nom dans le grand Dictionnaire Larousse.
        C'est donc à Madison, étudiante, que j'ai appris l'histoire du Wisconsin français, j'ai connu l'historienne Louise Kellogg alors bien vieille, et j'ai appris que Marquette était mon compatriote, né à Laon, vieille ville médiévale du Nord-Est, ancienne capitale des rois Carolingiens.
        A mon retour en France je suis allée à Laon pour visiter une vieille tante qui avait encore la maison familiale qui date du quinzième siècle sur les remparts. Je lui ai dit: "ma tante, pourquoi ne m'avez-vous jamais parlé de Marquette?" Elle savait, elle m'a conduite voir la maison des parents de Marquette, rue trop étroite pour prendre photos. Et je lui ai demandé, "N'y a-t-il pas de monument à Marquette dans sa ville natale?" "Oh il y en avait un mais pendant la guerre les Allemands l'ont emporté pour le métal." Alors ma tant est allée trouver l'éditeur du journal de l'Aisne, le journal local. On a publié des articles sur Marquette, on a fait des collects dans les écoles et un nouveau monument, modeste, a été construit pour Marquette, grâce à ma vieille tante.
         Voici notre maison à Laon où Marquette est peut-être venu en visite enfant car cette maison appartenait à ses cousins jusqu' à vers 1660. Une inscription sur le nouveau monument attribué à Hiawatha, confondant peut-être la littérature avec l'histoire, les paroles de bienvenue du chef des Illinois "Que le soleil est beau, Français, quand tu viens nous visiter." Cette amitié des Indiens pour les Français est un côté touchant de l'épopée française au Wisconsin. Alors que les Espagnols ou les Anglais traitaient les Indiens en inférieurs, les Français savaient s'intégrer à la vie des Indiens et les traiter en égaux, partageaient leur vie rude, apprenaient leurs dialectes, et se mariaient souvent avec des Indiennes. Champlain, grand ami des Indiens envoyait de jeunes hommes comme Nicolet vivre parmi les Indiens. Il y avait des exceptions, bien sûr, surtout parmi les "illégaux," les "coureurs de bois" sans autorisation (permis, patente) qui profitaient de la naïveté des Indiens pour leur payer les fourrures de façon dérisoire. Parfois ces mauvais Français maltraitaient les Indiens, et aussi ils leur vendaient du rhum. La vente d'alcool était défendue par le gouvernement du Canada mais il était difficile de faire régner la légalité de si loin.
        Il fallait le dévouement des missionaires et la diplomatie de remarquables Français comme Du Lhut et Perrot pour pacifier les Indiens. Les missionnaires Jésuites apprenaient les dialects indiens, et Marquette parlait six dialectes différents. Ils enseignaient aux agents laïques du gouvernement ces dialectes et aussi la cartographie. Perrot et les trois frères Joliet étaient des élèves des Jésuites des "engageés" plus libres et aussi plus éduqués que les "donnés" qui étaient plutôt des aides domestiques pour les besognes matérielles.
        On a toujours dit que les Français sont beaux parleurs, qu'ils ont le don de l'éloquence. Cela aussi était un trait d'un union avec les Indiens qui aimaient les discours fleuris, grandiloquents, et les déclarations emphatiques. "Mettez-moi dans vos marmites et mangez ma chair" dit Perrot aux Potawatomi prêt à se révolter contre les Français en 1683 à la Baie. C'était le discours dramatique qui pouvait émouvoir les Indiens, "Quel fils mangerait la chair de son père?" répond le chef indien. "Tu es notre père puisque tu nous as apporté le fer."
        Quand Champlain doit quitter Québec en 1629 après que les Anglais se furent emparés de Québec, les tribus Huronnes refusèrent de trafiquer avec les Anglais. Quand Champlain revient dans son Canada en 1633, récupéré par le traité de Saint Germain, 1632, ils le reçoivent comme leur père. "La rivière n'était plus la rivière, le ciel n'était plus le ciel..."
        Nous allons maintenant jeter un coup d'oeil sur une carte que nous mettra dans l'ambiance du dix-septième siècle et nous allons y suivre un peu les explorations françaises. Les Français arrivaient du Canada par le St. Laurent et suivaient de préférence la route du nord--rivière Ottawa, lac Nipissing, lac Huron, Sault Ste. Marie et ses rapides, et lac Supérieur--pour éviter les Iroquois au nord du lac Erie. Parfois, comme Nicolet, Perrot, ils traversaient le lac Michigan jusqu'à la Baie. Plus tard LaSalle, la paix ayant été faite avec les Iroquois, explore le sud des lacs Ontario et Erie en 1671 et arrive au Mississippi par la rivière Illinois en 1679.
        Dès 1629, avant Nicolet, Etienne Brûllé, envoyé par Champlain, avait découvert le lac Supérieur et donne son nom à la rivière Brûlé. Certes, quand on pense aux premiers arrivés, il ne faut pas oublier que c'est l'Espagnol de Soto qui en 1541 est arrivé le premier au Mississippi. Il faut bien dire que les explorateurs Espagnols ont été les premiers et les plus audacieux. Mais, les Français sont déjà arrivés bien loin bientôt avec le handicap du terrible climat des pays nordiques, des hivers sans abri, ni nourriture suffisante. Champlain, trop vieux, trop fatigué pour chercher lui-même son passage du nord ouest, avait entraîné plusieurs de ses disciples à vivre chez les Indiens et à apprendre leurs langues.
        Vous connaissez tous l'arrivée de Jean Nicolet à la Baie des Puants, le nom de puant se rapportant à l'odeur de l'eau et non des Indiens! [NDLR: voir article dans la bibliothèque sur l'origine des noms de Green Bay.] Nicolet avait vécu dans une tribu indienne et appris plusieurs dialectes. Sur la route 57, cinq miles au nord est de Green Bay vous avez la statue de Nicolet. Mais, si vous voulez le site plus probable et logique de son d'ébarquement, prenez la petite route A, un peu au nord de la statue, et descendez à Red Banks, tout au bord de la baie, la route rejoint Green Bay par les faubourgs, c'est joli. Au site de Red Banks, vous avez une pierre commémorative du débarquement de Nicolet. Nicolet, accompagné de cinq Indiens Algonquins avait rencontré d'abord quelques Menomonees, puis à la Baie les Winnebagos. Nicolet fut sans doute jusqu'au site de Menasha, sur le lac Winnebago. Il fut bien reçu et festoyé avec un festin de castors par les Indiens Winnego, impressionnés par ses armes à feu et son costume chinois splendide. Il était tenté de continuer, entendant déjà parler de grand fleuve plus à l'ouest et des Indiens Sioux, mais ses compagnons Algonquins veulent rentrer dans leur tribu, d'ailleurs le passage du nord-ouest et la mer n'ont pas été découverts. Il est plus prudent de retourner faire son rapport à Champlain qu'il revoit juste avant sa mort.
        Après Nicolet, il se passe vingt ans avant le retour d'un blanc au Wisconsin. La faute en est à la menace Iroquoise.
        Quand Groseilliers est arrivé en 1654 à son tour au Wisconsin, c'est grâce à une défaite que les Iroquois ont subi de la part des Indiens du Wisconsin.
        Durant ces vingt années la population du Wisconsin a changé, voyons la carte. Nicolet avait recontré quelques Menomenees, (Algonquins) mais une population en majeure partie Winnebago. Les Winnegaboes furent décimés par des épidémies et une noyade en masse et la guerre contre certaines des tribus Algonquins (Renards déjà) qui envahissaient le Wisconsin chassés par les Iroquois. Les Iroquois poursuivent les Algonquins jusqu'au Wisconsin. (Potawatomi, Hurons, et Ottawas, forteresse près de la Baye). Quand les Français parcourent le Wisconsin ils décrivent donc les tribus indiennes et leurs attributs particuliers; (Radisson, Perrot)-- Menomonees sympathiques, Ottawas commerçants pratiques, Miami mascoutens au site de Portage sont civilisables, gentils (Perrot), terribles Renards et Saukes, intraitables (Perrot Winnebago, lac du nom, Potawatomi (gardien du feu) rive gauche du lac, Illinoisan sud, doux et civilisables aimés des missionnaires. (Changements cependant et villages mixtes--Potawatomi--Green Bay, Mascoutens--Milwaukee.)
        Pendant que nous avons la carte, nous allons voir aussi le site de quelques missions et postes; la première mission (Père Ménard) à la Baie du St. Esprit, site aussi du fort de Radisson et Groseilliers --Mission St. François Xavier, d'abord à Oconto, puis à De Père, Mission St. Marc chez les Renards, St. Jaques chez les Miamis, fondée par le Père Allouez qui termine sa vie (1689) à la mission St. Joseph des Illinois, fondée par Marquette, hors de notre territoire.
        Nous suivrons N. Perrot le long du Mississippi, Du Lhut au nord du Mississippi, et sur la rivière Brûlé, Marquette et Joliet sur le Wisconsin, LaSalle sur la rive gauche du lac Michigan.
        Après la paix avec les Iroquois à Québec en 1654 ou 56, le gouverneur Mr. De Lauzun envoie deux voyageurs au Wisconsin. Il semblerait que dans ce premier voyage Groselliers serait allé avec un autre compagnon. Cependant les détails viennent surtout du journal de Radisson écrit en anglais des années plus tard, un journal très amusant et fascinant en anglais très incorrect. Personnalité extraordinaire, Radisson parle de ce premier voyage comme étant de la partie et décrit la beauté et la richesse du Wisconsin "the country was so pleasant, so beautiful that it grieved me to see that the world could not discover such enticing country to live in." Comme plus tard LaSalle, il a eu une vision de l'avenir, "the Europeans fight for a rock in the sea; what laborinth of pleasure should millions of people have, instead that millions complain of misery and poverty."
        Les deux voyageurs arrivèrent à la Baye et explorèrent vers le sud, on peut donc penser qu'ils arrivèrent dans la région de Milwaukee et c'est ce que le diorama du musée [on attend l'autorisation pour le montrer: ndlr] veut nous montrer. Le costume de l'Indien est fait d'après la description du journal de Radisson. Cheveux levés, plumes aux oreilles, nu sous fourrure pour les plus grands froids.
        Il dit encore "We were four months without doing anything but go from river to river" de sorte qu'on ne sait pas au juste jusqu' où ils sont allés. Il parle de "ye great river that divides itself in two." Serait-ce le Mississippi? Mais d'autres rivières ont des îles qui donnent l'impression de diviser la rivière en deux, ils n'ont pas nommé le Mississippi par plus que de Soto. Leur deuxième voyage est plus précis; partis sans permission du gouverneur avec quelques Indiens Ottawa. Ils prennent la route du nord pour éviter les Iroquois, Sault Ste. Marie, et la rive sud du lac Supérieur. Ils construisent une cabane de troncs d'arbres à environ trois milles d'Ashland dans la Baie de Chequamegon, Baie du St. Esprit où (Pierre Esprit) vous trouverez là une plaque historique marquant le site. Radisson arrange un système de clochettes accrochées à une longue corde pour être prévenu dans son sommeil si on essaie de pénétrer dans la cabane.
        Ils font le trafic des fourrures avec les Indiens Ottawa, ayant apporté beaucoup d'objets de troc. Ils chassent avec eux jusqu'à l'hiver et les accompagnent à leur village près du lac, Court Oreilles (nom donné aux Ottawas par Radisson). C'est là où ils subissent une famine terrible avec les Indiens, la neige trop molle ne permettait pas de chasser. (Plaque à Couderay, 18 miles au sud-est de Court Oreilles sur la route 27-70). Ils mangent l'écorce des arbres, le cuir des fourrures. Un gel finit par durcir la neige et permettre la chasse où Radisson et Groseilliers sont sauvés avec les survivants des Indiens. Ils assistent alors à une réunion de tribus indiennes "la Fête des Morts," et appellent le site "Eau Claire." Ils y font la connaissance des Sioux qu'ils admirent (poudre mouillée, influence sur sauvages, chant opéra, la splendeur des costumes). Ils suivent les Sioux sur leur territoire et traversent donc le Mississippi près de la source sans le savoir. Ils recontrent les Indiens Crees qui habitent encore plus au nord vers la baie d' Hudson. Ils sont enthousiasmés par les belles fourrures blanches du grand nord et arrangent un trafic avec les Crees à leur poste du St. Esprit. Au retour à Montréal et Trois Rivières avec 60 canots indiens chargés de fourrures, Radisson et Groseilliers ont reçu avec enthousiasme par la population. Pourtant, le gouverneur, Mr. de Aigenson fait mettre Groseilliers en prison pour être parti sans permission et confisque une partie de leurs biens. Indignés naturellement Groseilliers et Radisson offrirent leurs services à l'Angleterre et fondèrent la Cie d' Hudson qui fit une telle concurrence au commerce français et fut un des facteurs de la perte du Canada. Ils avaient cependant repris le chemin de l'ouest, renoue l'alliance des Français avec les sauvages, rouvert le chemin du Wisconsin. Quand les canots Ottawa repartent, des Français partent avec eux pour le lac Supérieur avec le premier missionnaire, Jésuit à l'ouest.
        Un des livres les plus fascinants que j'ai lus sont "Les Relations des Jésuites," lettres écrites par les Jésuites à leurs Supérieurs en France, publiée dans ce pays-ci par Reuben Goldthwaites en 73 volumes et abregées par la suite. Je l'ai lu en abrégé. C'est fascinant comme un roman. Les missionnaires décrivent leurs premiers contacts avec les Indiens, leur vie précaire de "feast or famine," les hivers terribles dans les huttes enfumées avec un trou en haut pour la fumée, dysenterie due à la mauvaise nourriture ou au manque de nourriture. Ils décrivent aussi le caractère indien et il faut dire que les pères Jésuites pourtant indulgents devaient reconnaître qu'ils étaient méfiants, sournois et assez traîtres et changeants, cruels, même entre eux. Les Jésuites ont fait un rapport très important à la colonisation de l'ouest; ils apprennent les langues indiennes, ils font les cartes géographiques, ils ont comme élèves Joliet et Perrot.
        Le père Ménard, donc, se trouve séparé de ses compagnons paysans par un accident de canot et passe l'hiver à la baie de Keweenaw y disant la première messe du nord-ouest le 15 octobre 1660. Il est maltraité par un chef Ottawa, appelé le Brachet, brute sournoise, dit la chronique, et réduit parfois à se faire de la soupe avec de la mousse qui pousse sur les rochers (applée tripe de roches par les voyageurs) et de l'écorce d'arbres bouillie. Au printemps il est retrouvé par ses compagnons frères qui l'emmènent à la baie du S. Esprit. C'est de là que le père Ménard part avec un compagnon, l'Espérance pour aller porter les secours de la religion à des Hurons qui mourraient de faim. Il se perd dans la forêt sur les bords de la rivière Chippewa, pendant que son compagnon passe les rapides dans son canot. On ne le retrouve jamais.
        Il se passe quatre ans avant qu'un autre missionnaire revienne au Wisconsin, le régiment de Carignan 1665 protègeant la route, le père Claude Allouez semble être parti en même temps que Nicolas Perrot, deux grands dans l'histoire du Wisconsin.
        Le père Allouez, grand et fort, énergique, savait en imposer aux Indiens. Il parlait plusieurs dialects. Les Indiens essaient de le laisser en arrière comme le père Ménard, mais il leur montre qu'il sait nager, pagayer un canoë et il leur dit avec autorité que le grand Onontio. C'est ainsi qu'ils appellent le gouverneur du Canada, refusera de faire le commerce avec eux s'ils ne le traitent pas bien. Cela ne les empêche tout de même pas de séparer de son chapeau et de sa couverture, mais ils l'emmènent avec eux à la baie du St. Esprit où lui aussi souffre de la faim, mange de la mousse de roche et a bien du mal pour convertir les Ottawas. Mais, explorateur, il fait le tour du lac Supérieur et grâce à lui les Jésuites font la carte géographique du lac Supérieur. C'est lui qui rapporte les mines de cuivre pur sur l'île Royale et les trouvailles même de morceaux de cuivre pur sur les rivages même du lac, "on trouve parfois des lingots de cuivre à l'état pur de dix à vingt livres."
        En 1669 Allouez est remplacé par Marquette à la mission du S. Esprit, chassé par les Sioux il retourne à Mackinac, St. Ignace. Allouez va fonder la première mission St. François Xavier à Oconto. Au site de cette mission on pouvait voir une copie des croix que les missionnaires dressaient près de leur chapelle de troncs d'arbres. Les Miamis de la région de Portage étaient si fiers de leur mission St. Jaques qu'ils l'avaient décorée de belles fourrures et de colliers, leurs voisins les Mascoutens, jaloux, ont reclamé une croix aussi. Marquette éxprime sa joie de trouver cette croix chez les Miamis quand ces Indiens l'aident à faire le partage entre la rivière Fox et la rivière Wisconsin. La mission St. Marc chez les terribles Renards avait hélas beaucoup moins de succès.
        Allouez transfère enfin sa mission St.François Xavier, avec l' aide d' un nouveau Jésuite, le père André, aux Rapides des Pères, maintenant De Père. Deux plaques commémoratives, une près de la rivière, l' autre sur le pont, rappellent le souvenir du Père Allouez.
        Pendant que le Père André reste à la mission le Père Allouez visite les différentes tribus du Wisconsin, La mission est bien placée dans un site stratégique parmi plusieurs tribus. Les Menomonees sont faciles à convaincre. Les Pottawatomi, gardiens du feu, sont attachés à leur sorcérie. Les Renards plutôt hostiles, ne pensent qu' à se battre. Le Père Allouez leur construit une croix et leur dit l' histoire de Constantin, par ce signe tu vaincras".
        Jeunes croisés Renards d'abord victorieux puis vaincus par Sioux deviennent encore plus irréductibles.
        Le Père Allouez termine sa vie à la mission des Illinois, fondée par Marquette, à 76 ans, laissant plusieurs missions éltablies au Wisconsin.
        Tandis qu'Allouez évangélisait le Wisconsin, Nicolas Perrot arrive en même temps en 1665, établit et maintient le règne de la France sur le territoire du Wisconsin. Il a appris des Jésuites les dialectes indiens et il sait aussi se faire aimer d'eux par sa diplomatie et sa justice; ils le surnomment Metaminens, petit Blé d' Inde. Perrot et son compagnon, Toussant Baudry, etablissent le commerce entre le Canada et les Potawatomi et Menomonees de la Baie et réussissent à établir la paix entre ces deux tribus rivales. Il leur apporte des outils de fer. Il a laissé un journal où il décrit les marais de riz sauvage (folle avoine) qui attirent un gibier nombreux, de sorte qu'en prenant des poissons au filet les pêcheurs amènent parfois canards et poissons dans le même filet! On sait que Perrot visite des villages indiens à Kewaunee et Jacksonport.
        Perrot réussit même a se faire accepter par les terribles Renards. Il fut le seul avec Allouez à avoir sur eux une influence pacifiante. Il visite aussi les Mascoutens Miamis avec lesquels il fait alliance preparant donc la voie pour la mission de Père Allouez et pour la déscente du fleuve Wisconsin par Marquette et Joliet.
        Perrot retourne à Montreal en 1670. Il protège ses Indiens et s'assure qu'ils reçoivent un juste prix pour leurs fourrures. Le gouverneur Mr. de Courcelles charge alors Perrot d'organiser une réunion des tribus indiennes pour la prise de possession des territoires du nord-ouest par la France. Cette cérémonie a lieu à Sault Ste.Marie en 1671. (Sieur de St. Lusson)
        Il n'est pas possible de suivre complètement l'ordre chronologique. Je vous signale cependant que pendant ces années '69-'71, La Salle explorait la region au sud du lac Erie mais nous le retrouverons plus tard et nous retrouverons aussi Perrot.
        Nous allons maintenant suivre le père Marquette à travers le Wisconsin. Marquette, chassé par les incursions sioux de la mission du St. Esprit à Chequamegon Bay, avait fondé la mission de St. Ignace à Mackinac. C'est là où Joliet vient le retrouver en 1671, tous les deux envoyés par le gouverneur Frontenac en mission pour découvrir les secrets de l'ouest. Marquette parlait six dialectes indiens y compris l'Illinois, et avait entendu parler par eux de la grande rivière Mississippi. Il fallait la decouvrir et l' explorer et savoir si elle coulait vers l'ouest- ou le sud et reconnaître les territoires qu'elle parcourait.
        Marquette et Joliet preparent des cartes d'après les rapports des Indiens. Ils partent de Mackinac en mai avec cinq Français. Ils traversent le lac Michigan jusqu' à Green Bay et partent de la mission St.François Xavier au Rapides des Pères. Comme vous le savez, ils remontent le Fox, s'arrêtent chez les Miamis, (croix) et obtiennent des guides pour le portage assez confus avec le Wisconsin.
        Il y a une plaque historique à l'endroit où un canal remplace maintenant l'ancienne route du Portage.
        Il est émouvant de suivre (route-60) le cours du "mescousing" et de reconnaître la description de Marquette, "Il est très large--il a des bancs de sable qui rendent la navigation difficile. Il est rempli d'îles couvertes de vignes."
        Le 17 juin ils entrent dans le Mississippi "avec une joie que je ne peux pas exprimer" dit Marquette dans son journal.
        Voici le confluent des deux fleuves. Pour revivre un peu 1'impression des explorateurs de leur petit canoë, prenez un bateau de Prairie du Chien qui descend le Mississippi jusqu'au confluent de Wisconsin. Plusieurs chenaux débouchent à travers les îles. On les imagine débouchant par un de ces chenaus devant les falaises imposantes de Wyalusing Park et de la rive de l'Iowa encore plus imposantes de leur temps car le fleuve est plus haut de dix pieds depuis les travaux d'ecluses pour faciliter la navigation.
        Ils sont montés à Wyalusing Park, pour cette vue d'où ils ont pu contempler le confluent encombré d'îles et le grand fleuve qu'ils allaient descendre vers le sud.
        On lit avec curiosité cette prémière déscription du grand fleuve, les énormes poissons à tête de chats, les buffles sur les plaines des rives basses, les peintures monstrueuses sur une falaise dominant le fleuve près d'Alton en Illinois. Et on lit avec émotion la rencontre avec les Indiens Illinois (Longfellow).
        Nous retrouvons Marquette au Wisconsin quand au retour ils suivent la rivière Illinois, portagent à Chicago et remontent à la Baie par la rive ouest du lac Michigan. Marquette, malade, passe l'hiver à St, François Xavier avec Joliet. Ils préparent leurs rapports et leurs cartes. Joliet explore la rive du lac à Caquettes. Marquette est encore malade tout l'été et c'est seulement en octobre qu'il trouve la force de repartir chez les Illinois comme il leur a promis.
        Son dernier journal est un document poignant. Il note jour par jour très brièvement le voyage pénible, déjà le froid et le vent. Ils portagent à la péninsule à Sturgeon Bay. Le premier novembre Marquette dit la messe à l' embouchure de la première rivière, donc Kewaunee, et une croix commémore cette date. Le 3 novembre il écrit qu' il a marché sur le beau sable, et que la rive est couverte d' herbe. Puis, les rives deviennent éscarpées et il parle d'un village mascoutens, huit ou neuf huttes, avec de grands bancs de sable au large et il semble qu'il s'agisse de Milwaukee. Il n' a pas sa precision habituelle. C'est un homme très fatigué. Il ne prononce pas le nom de Milwaukee. Comme vous le savez il s'arrête à Chicago où on peut dire qu'ils construisent la première maison, et après avoir pu enfin passer quelques jours chez ses chers Illinois. Marquette repart et meurt sur la rive droite du lac.
        Joliet était reparti pour le Canada au printemps, anxieux de présenter son rapport. Son canoë fait naufrage à Montréal et il perd tous ses papiers. Seul restera le journal de Marquette.
        Joliet est un de ces héros modestes méconnus. Il démande la permission de coloniser le pays découvert, mais la réponse de Colbert est que la colonie est trop peu nombreuse pour s'étendre et la permission est refusée.
        Joliet ne retournera plus à l'ouest mais nous allons y suivre maintenant trois grands Français qui ont maintenu jusqu'à la fin du dix-septième siécle l'empire précaire de la France sur les vastes territoires du midwest américain.
        La Salle est un peu près le seul des explorateurs du midwest dont le nom soit connu et retenu en France jusqu'à ce jour. C' est d'ailleurs le plus grand par l' envergure des vues, l'immensité du territoire parcouru, et l'energie indomptable devant des obstacles décourageants.
        Quand on suit La Salle à la carte, ce qui frappe c'est l'extraordinaire mobilité qui lui a fait parcourir de telles distances avec les moyens dont il disposait. Quelques voyages de La Salle: '69 Allegheny-Ohio, '74 France -permission Colbert, '76 lac Michigan, '77 France, '79-'80 le "Griffon", Detroit, Fort Crève Coeur, à Peoria retourne à Fort Frontenac et Montréal, retourne à Crève Coeur, retourne à Fort Frontenac et Montréal, retourne à Crève Coeur , retourne à Fort Frontenac, '82 descend le Mississippi au Texas.
        Et puis il était noble et avait des amis influents, il pouvait aller en France plaider lui-même sa cause et publier ses decouvertes et ses projets. Quand même, il aurait mieux reussi s'il avait su coopérer avec les autres. Il n'était pas aimé par ses hommes qui se.sauvaient ou se révoltaient. Il est en partie responsable de l'oubli d'hommes comme Perrot et Du Lhut parce qu'il était jaloux d'eux et il les a même attaqués et calomniés. Il a fait accuser l'intègre Du Lhut. Il détestait les Jésuites et réfusait de profiter de leur expérience, de leur connaissance des dialectes, de leurs cartes géographiques.
        C'est ainsi qu'il refuse de profiter des conseils de Joliet. Il est intéressant dans cette histoire qui se lit comme un roman, de noter des rencontres fortuites dans cet immense pays.
        En 1669 La Salle descendant les grands lacs par les rives du sud. Il rencontre dans un village indien du lac Ontario, Joliet qui retourne vers Quebec. Joliet prépare déjà son expédition pour trouver le Mississippi. Il propose à La Salle ses renseignements, ses cartes, son itinéraire par le Wisconsin. La Salle refuse, préférant la route du sud et il erre quelques années sans donner le rapport précis de ses découvertes. Ses amis ont prétendu qu'il était alors arrivé au Mississippi par l'Ohio, mais s'il l'avait fait il aurait bien crié sur les toits! Il est fort plausible qu'il ait découvert l'Allegheny -Ohio. Cependant et surtout il a reconnu le potentiel énorme de cet immense territoire et renonçant au passage en Chine. Il a surtout des lors pensé à coloniser ces immenses territoires.
        La vision était prophétique, mais il avait tant contre lui, il ne savait pas diriger ni se faire aimer de ses hommes. Il ne savait pas coopérer, mais aussi, il avait contre lui l'indifférence du gouvernement et du peuple français, peu enclin à quitter la France. Le manque d'hommes est peut-être ce qui a perdu la Nouvelle France plus que toute autre chose; huit mille Français au Canada, douze missionnaires, et quelques centaines de Français à l'ouest.
        La Salle était protégé par l'énergique gouverneur Frontenac. Il donne son nom au fort qu'il fait construire sur le lac Ontario en 1673. En 1674 et à nouveau en 1677, il va en France pour faire approuver par Colbert son plan de colonisation du bassin du Mississippi. Il prévoit la diminution des fourrures de castor et propose maintenant le trafic des fourrures de bison. Il projette aussi la descente jusqu'à 1'embouchure du Mississippi.
        Nous trouvons des traces de La Salle dans notre Wisconsin à six milles au nord d'Algoma sur la petite route"U." Nous avons trouvé un petit parc qui commémore un désembarquement de La Salle.
        Il semblerait que la date devrait être 1676 plutôt que '79 quand La Salle fit une exploration en canoë jusqu'au lac Michigan car en septembre 1679 La Salle émerveille les Indiens à la Baye avec un bateau de 45 tonnes, le"Griffon." Il fait charger le bateau de fourrures et le renvoie vers le lac Erie où il a fait construire un entrepot (Detroit?). Lui-même descend la rive du lac Michigan vers le sud. Il veut aller tellement vite qu'il ne donne pas le temps à son petit groupe de chasser. Ils achètent du maïs aux villages indiens situés à l'embouchure de nos rivières Kewaunee, et deux rivieres Sheboygan. Il s'arrête entre autre au site de Milwaukee et ce serait une carte de lui, perdue maintenant, qui mentionnerait pour la première fois Mel-Oki, tandis qu'un de ses compagnons, le Recollet Père membre aurait le premier mentionné dans son journal en 1679 ou 1680 le nom de Milioki.
        Au site de Chicago il s'arrête pour attendre Tonti qui doit arriver de Mackinac avec des nouvelles du passage du "Griffon." Aucune nouvelle. Ils descendent cependant la rivière Illinois, jusqu'au site de Péoria et construisent le fort Crève Coeur (ouvriers enfuis, manque d'outils pour un nouveau bateau) récit effrayants des Indiens.
        La Salle envoie alors le moine Recollet Hennepin et deux Français remonter le Mississippi et lui-même part à fort Frontenac à mille milles de là. Il apprend la perte du Griffon et d'autres calamités, ses créanciers ont saisi ses biens, ses braqueurs ont volé ses fourrures. Un bateau de France vient de couler dans le Golfe du St. Laurent.
        Il range ses affaires à Montréal, repart pour le fort Crève Coeur où il avait laissé Tonti et quelques hommes. Il trouve le fort et le villa indien saccagé par les Iroquois. Comme dans un roman d'aventures, il trouve un message de Tonti écrit sur un morceau du bateau démolit, "nous sommes tous sauvagés, le 15 A 1680. Il remonte vers le lac Michigan et apprend que Tonti est en vie aux Rapides des Pères. Ils retournent tous au fort Frontenac pour organiser l'expedition qui commence en 1680 avec cinquante Français et Indiens et une flottille de canoës. Il aboutit en 1682 à la descente complète du Mississirpi et la prise en possession par La Salle de la future Louisiane pour le roi de France.
        Nous laissons La Salle à ce triomphe et nous n'avons pas le temps de le suivre jusqu'à sa mort tragique au Texas, perdu en cherchant le Mississippi à son nouveau voyage de France par la côte. Nous laissons aussi Tonti qui continue 1'oeuvre de Ia Salle au sud avec Iberville et Bienville en Louisiane.
        Retournons donc au Wisconsin en remontant le Mississippi avec le Père Recollet Hennepin et ses deux compagnons français, sur le territoire du Minnesota où ils sont faits prisonniers par les Sioux. Les Sioux, en dépit des traités, les traitent comme des serviteurs. Le Père Hennepin est un des personnages un peu comiques de notre histoire. Il a la curiosité d'un explorer mais il n'aime pas le danger, et il aime ses aises. Il est aussi vantard, et dans ses mémoires il se donne le beau rôle dans les découvertes. (Plus disciple de Rabelais que de St.François d'Assise--Hugues Randin). Il est parfois aussi amusant quand il raconte comment les Sioux le traitent et en particulier cette coutume des Sioux déjà décrite par Radisson, assez déconcertante. Ils pouvaient pleurer, littéralement inonder leurs interlocuteurs de leurs larmes avec de bonnes intentions d'ailleurs. Hennepin raconte que deux vieillards Sioux pleurent et pleurent, à l'inonder de larmes. "Alors," dit-il, "je pris mon mouchoir et j'éssuyai leurs visages."
        Et voici que nous avons encore une de ces rencontres fortuites de Français dans notre immensité américaine. Du Lhut apprend que des Français sont prisonniers des Sioux. Toute sa vie Du Lhut a voulu aller à la recherche du passage du nord-ouest. Toujours il en a été empêché par quelque devoir plus important. Cette fois il lui faut libérer ses compatriotes. Il se trouve que le Père Hennepin et lui se connaissaient. Ils avaient été ensemble à la bataille de Senef dans les Flandres (Guillaume d"Orange) en 1674. De plus Du Lhut est le cousin d'Henri de Tonti, compagnon de La Salle, qu'Hennepin a quitté récemment à Fort Crève Coeur. Du Lhut sacrifie son expédition pour accompagner ses compatriotes à Mackinac pour plus de sûreté. I1 en est récompensé par un vol de fourrures que les deux compagnons d'Hennepin font aux Indiens. Du Lhut doit encore employer son influence et sa diplomatie pour calmer la colère des Indiens.
        Du Lhut avait decouvert le troc à l'ouest du lac Supérieur en faisant alliance avec les Sioux. (Chippewas chassés par Sioux). Il arrange un traité de paix entre les Sioux et les Chippewas près de Duluth. Il s'efforce de maintenir 1'influence de la France sur les tribus du nord, les Cristinos, en concurrence avec la Cie d'Hudson. (Fort la Tourette au lac Nipigon) (Radisson insulté par La Barre). Il ouvre un nouveau chemin la rivière Brûlé, fait le portage avec la rivière Ste.Croix, où il construit un petit fort. Ses amis Sioux lui promettent leur aide pour aller à l'ouest et lui remettent un bloc de sel du Lac Sale. Il croira donc toujours qu'il aurait pu trouver la mer. Il monte à la colonie pour demander la construction de forts pour essayer de faire observer la loi par les coureurs des bois illégaux. C'est lui qui se voit accuser par l'intendant de trafic illégal. Soutenu par Frontenac, il doit aller se faire justifier en France.
        Quand Du Lhut est rappelé à la colonie en 1689 il nous reste encore en Wisconsin Perrot, "le plus grand Français de l'ouest." Kellogg, qui doit faire face à une hostilité grandissante des Indiens de l'ouest contre les Français sous 1'influence des Iroquois. C'est alors quand envoyé à la Baie avec le Durantaye pour pacifier les Potawatomi en 1683 qu'il fait le geste dramatique de s'offrir à eux comme victime expiatoire, "Mettez moi dans vos marmites..."
        En 1685 Perrot est nommé "Commandant de l'ouest" avec son poste à la Baie et vingt Français seulement. C'est alors qu'il va reconnattre son territoire et construire des forts le long du Mississippi. C'est un pèlerinage avec Perrot que de suivre le Mississippi. Il reconnait les mines de plomb au sud de Prairie de Chien et enseigne aux Indiens à detacher le plomb et à fondre le metal. Il construit le Fort St. Nicolas a Prairie du Chien, mais les historiens se disputent sur le site. En remontant le Mississippi sur les traces de Perrot on retrouve le site de poste temporaire à Trempe à l'Eau "près de la montagne qui trempe à l'eau" dit-il dans son journal, "derrière laquelle il y a une grande prairie remplie de bêtes sauvages". 1685-1686. Il remonte ensuite jusqu'au lac Pepin, nommé pour un compagnon de Du Lhut, et fondé le Fort St. Antoine. C'est là qu'en 1689 pour raffermir la loyauté chancelante des Indiens que Perrot réunit un groupe de tribus. Il leur.fait jurer une fois de plus allegeance au roi de France. Le site est étroit, mais un peu plus au sud la rive s'élargit au bord de la rivière et on peut imaginer les tentes indiennes deployées. C'est au fort St. Antoine que Perrot obtient la restitution des fourrures volées en faisant brûler de l'eau de vie comme si c'était de l'eau. Il menace de mettre le feu a la rivière et les Sioux, impressionnés, rapportent les fourrures.
        Mais, ses fourrures à la mission des Pères furent brûlées par les Indiens. Perrot fut ruiné et à plusieurs reprises dans ses dernières années, sa vie fut en danger. (Miamis devenus hostiles, sauvé par Renards).
        C'est à la mission. St. François Xavier et de Père que Perrot fit cadeau de l'ostensoir qui est la seule relique du dix-septième siècle qui reste au Wisconsin, au musée de Green Bay. [on attend l'autorisation: ndlr] Près du musée, une statue honore les premiers habitants du Wisconsin, le voyageur qui accompagne 1'indien et le missionaire veut représenter Nicolas Perrot.
        Perrot fut rappelé au Canada en 1698 à la mort du gouverneur Frontenac. Le gouvernement français avait decidé d'abandonner tous les postes à l'ouest de Mackinac. Les Jésuites avaient influencé cette décision car les voyageurs et trafiquants corrompaient les Indiens. Du point de vue de 1'influence française, le rappel de Perrot fut malheureux car lui, plus que tout autre pouvait maintenir la loyauté et l'affection des Indiens. On conte que de retour à Montréal, il lisait au vieux Du Lhut son journal recontant leurs aventures au Wisconsin.
        Avec le départ de Perrot le glorieux dix-septième siècle termine pour le Wisconsin français. Le dix-huitième verra la perte non seulement du Wisconsin ou du Haut Canada par la France, mais aussi de tout le Canada lui-même.
        Ce qu'il y a de triste aussi au dix-huitième siècle c'est que la tradition d'amitié avec les Indiens subit une éclipse. Les Français, des chefs même, commettent des cruautés. Il est vrai que ce sont les Indiens qui ont commencé les hostilités. Les Renards bloquent la route du commerce, mais il n'y a pas d'excuse pour le massacre des Indiens Renards en fuite dans Illinois ou l'hécatombe des Sauk et Fox en 1733, ce qui a laisse le nom de "Butte des Morts" à un village et un lac au nord-ouest d'Oshkosh. Vous avez appris ces "Fox wars" dans votre histoire du Wisconsin. Les Anglais, les grands rivaux les Français en Amérique du Nord poussaient.depuis longtemps les Iroquois contre les Français. Malheureusement ils réussirent aussi à désaffecter certaines tribus du midwest (Indiens instables et changeants, Miamis et Renards) en leur promettant des conditions d'échange plus avantageuses, en leur vendant l'eau de vie, prohibée par le gouvernement canadien, leur fournissant des armes et les poussant à la révolte contre les Français. Les Français espéraient protéger leur commerce en reprenant les forts abandonnés après la mort de Louis XIV, specialement celui de la Baie et du lac Supérieur. Le midwest était déjà défendu par des forts à Mackinac, Détroit, Fort Niagara, et Fort Duquesne à Pittsburg. Quand la guerre de sept ans met aux prises en Europe la France et l'Angleterre, leur rivalité en Amérique arrive a une lutte aiguë. C'est alors qu'un nouveau héros du Wisconsin français rallie les Indiens à la cause française. Charles de Langlade, né a Mackinac, et plus tard commandant du Fort de Mackinac appartient au Wisconsin par son influence sur les Indiens de tout le nord-ouest. Plus tard, il vient se retirer dans la ferme et poste de troc de son père à la Baie.
        Père français, descendant d'un officier Carignan, mère Domitelle, soeur Ottawa chef. Dès dix ans il suit les Indiens sur le sentier de la guerre. Montcalm reconnait sa valeur et il obtient le grade de cadet enseigne, puis lieutenant. Avec ses Indiens Ottawa, il defait les Indiens Miamis qui s'étaient alliés aux Anglais et rétablit le prestige de la France parmi les tribus du Wisconsin.
        C'est à Langlade que revient la gloire de la, victoire des Français à Monongehelat sauvant Fort Duquesne. Refusant les conseils de Washington Braddock il fait avancer ses soldats en grande parade rangée comme dans les batailles européennes. Langlade obtient permission de ses supérieurs d'embusquer ses Indiens derrire des arbres et commence ainsi la déroute des Anglais. Il vainquit aussi avec Monteal, les fameux Rangers de Rogers Clark au lac Champlain en 1757 et en 1759 il entreine ses Indiens du Michigan et du Wisconsin a la défense de Quebec. Campé au nord de la ville sur les bords du Montmorency, il avait appris la ruse des Anglais et aurait demand á la permission d'attaquer et des renforts au duc de Levis commandant des troupes canadiennes. Le duc de Levis n'ose pas changer ses ordres de Montcalm et Vaudreuil envoie un emissaire. Pendant toutes ces hesitations les Anglais escaladent les falaises d'Abraham et c'est la défaite que vous connaissez. Il parait que dans les archives de la guerre á Paris il y a mention de conseil d'attaquer d'un officier "s'il avait (t( suivi la bataille aurait pu tourner en faveur des Français." Il n'est pas fait mention de Langlades peut-être à cause de jalousie entre officiers canadiens et français. Baudreuil écrit à Langlade "Réunissez vos officiers et regagnez le prémier port pour la France (Louisiane). J'éspère, Monsieur, vous voir en France."
        Langlade reste (Beaujeu) (Mackinac) du point de vue français plus utile, maintient son influence française indienne au Mackinac et à la Baie en 1764.
        Le Wisconsin reste d'atmosphère française, les Anglais viennent en très petit nombre et laissent aux Français leur langue et coutumes, et leurs postes de troc. Le troc des fourrures continue avec Montreal. Quand le Wisconsin devient americain, l'atmosphère sociale du Wisconsin est encore française pendant des années à la Baie, à Prairie du Chien, Portage, la Pointe. Les Langlade, Grignon, Roi, Porlier à la Baie, Rolette et Brisbois à Prairie du Chien, on retrouve encore de ces noms dans les annuaires du téléphone de Green Bay, Kaukaunas, et Milwaukee.
        Comme vous le savez à part les noms, il reste bien peu du Wisconsin français, la maison la plus ancienne du Wisconsin, construite par Joseph Roi en 1775, achetée par Jacques Porlier. Au musée de Fort Howard un des petits batiments est consacré à Langlade. Il est difficile de retrouver l'atmosphère à Green Bay, la plaque de la maison de Langlade parmi industries, entrepôts, cimetière. Prairie du Chien a plus d'atmosphère. Vieux cimetière français Rolette. Trompeleau charmant petit village.
        Si vous voulez retrouver un charmant coin du Wisconsin français, allez à Kaukauna et voir la maison d'Augustin Grignon, petit fils de Langlade (fabrique de papier sur riviere Fox).
        Les rues de Kaukauna portent les noms des premiers colons français de la Baie, Porlier, Grignon, Ducjarme et aussi Tobac noir--cela m'a intriguée.
        Pendant cette période encore française du Wisconsin americain, notre region au bord du lac se developpé en partant de Green Bay grace aux postes de troc établis par des Francais employés de la compagnie americaine de Fourrures de John Jacob Astor.
        Jacques Vieau semble avoir eu une activité débordante. On le retrouve dans plusieurs points stratégiques entre Green Bay et Milwaukee, à Manitowoc, à Mishicot. Une plaque rappelle le poste de Vieau au bord de Jumbo's creek nom des Indiens pour Vieau. A Sheboygan Falls plaque commemorative sur le magasin "The Ledge."
        A Milwaukee, Mitchell park, dominant la vallée du Menomenee, la plaque indique que le poste était sur la piste de Green Bay à Chicago.
        Les premiers à Milwaukee étaient avec Vieu en 1795, un La Framboise en 1785 et Michel Le Clair en 1800. Une plaque de cuivre rappelle sur le portail, à gauche du grand édifice sur East Wisconsin Avenue, près de Heinemang le poste de troc de Michel Le Clair en 1800 et celui de Solomon Juneau.
        Vous avez quelques souvenirs do Juneau à Milwaukee au musée. [photo d'un tableau attend autorisation: ndlr] Mais le plus émouvant souvenir de Juneau est à Theresa, où il se retire et fonde un autre poste de troc, une scierie et un moulin. Cette maison authentique est émouvante car elle est modeste, (Watertown). Juneau ne s'est pas enrichi. Il a servi ses concitoyens, premier maire de Milwaukee, fondateur du Sentinel. Il a aussi continué cette tradition d'amitié avec les Indiens. C'est en leur rendant un dernier service qu'il est mort à Keshena en allant lour payer le montant annuel du troc qu'il leur devait. Ils voulaient le garder et l'enterrer chez eux. Son fils l'a ramené à Milwaukee (cérémonie funebre par le père Riordan) premier cimetière ancien site du Northwestern depot, transporté au Calvary Cemetery.
         La maison très simple de Juneau est en contraste frappant avec les demeures impressionnantes, construites par ses contemporains dans le sud-est du Wisconsin.
         Vous avez pu voir d'après les diapositives qu'il reste bien peu de tangible de ce pélerinage du Wisconsin français. Il reste surtout les noms de villes, rivières, lacs et les plaques historiques, qui suivent les routes gardés par la tradition, quelques fresques (musée de Milwaukee, Capitol de Madison (Nicolet) et à de Père, trois belles fresques dans le bureau de poste sur la mission St.Francois Xavier (un Indien sauvant l'ostensoir), quelques statues de Nicolet et de Perrot.
        Mais est-ce que vous savez aussi que le Wisconsin est représenté à Washington au National Hall par deux statues qui toutes deux portent un nom français, Jacques Marquette et Robert La Follette.



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