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Quatre Siècles de Rencontres
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Du
"Ouisconsin" au Wisconsin.
En l'honneur du cent-cinquantième anniversaire de
leur état, en 1998, quelques professeurs de français ont décidé d'examiner les
rapports entre le Wisconsin et les pays francophones. C'est ainsi qu'est né le
projet "Wisconsin's French Connections: going on 400 years".
Souvent négligé dans les manuels d'histoire, le rôle joué par les Francophones dans la découverte et le développement du Wisconsin C'est ce passé historique que l'équipe de "Wisconsin's French Connections" a voulu redécouvrir et présenter d'une façon systématique. Le projet ne s'est pas limité au passé mais examine aussi les rapports actuels entre le Wisconsin et les pays francophones. Dans le domaine économique, des entreprises françaises ont ouvert des succursales au Wisconsin. Par exemple, des fromagers français produisent à Belmont, Kaukauna et Watertown du fromage de chèvre et du brie et du camembert faits du lait des vaches qui descendent peut-être de celles qui ont été introduites dans le Wisconsin par Mirandeau ! De même, plusieurs entreprises importantes du Wisconsin ont fait l'acquisition de compagnies françaises. Dans le domaine culturel, l'école d'immersion française et la célébration annuelle de la prise de la Bastille à Milwaukee montrent que l'influence française au Wisconsin n'a pas été submergée par des vagues d'immigration plus tardive, mais qu'elle continue vivace. Les organisateurs ont recruté un grand nombre de collaborateurs : professeurs et étudiants d'universités, professeurs de lycées et de collèges et leurs élèves, experts en histoire et en technologie, et les descendants des pionniers francophones qui ont envoyé des renseignements familiaux à notre site Web. Le projet a reçu le soutien financier du Wisconsin Humanities Council et un Certificat de Mérite que le Gouverneur Tommy Thompson a remis au Professeur Gabrielle Verdier, co-directrice. L'année de recherches a été couronnée par la "French Connections Fair" qui a réuni en avril 1998 quelque deux mille élèves de français et leurs professeurs ainsi que des représentants d'entreprises et des gouvernements français et québécois à l'Université du Wisconsin-Milwaukee où ils ont exposé les résultats de leurs recherches.
--Martine Meyer et Gabrielle Verdier Jean Nicolet.
Le premier explorateur de la terre qui est aujourd'hui l'état de Wisconsin était Jean Nicolet, un Français. Essayant de trouver la mer pour naviguer en Chine, il a fait un voyage, en 1635, à l'intérieur d'un territoire inconnu. Il n'a pas trouvé la mer, mais il a trouvé une nouvelle terre pour la France. Nicolet a fait seulement un voyage, et il ne lui gagnait ni la renommée ni la fortune. Mais, Nicolet a ouvert la porte pour beaucoup d'autres gens qui colonisaient le Wisconsin: les voyageurs, les explorateurs, les missionnaires, les fonctionnaires et les fermiers. Après coup, son importance est évidente: il était vraiment le père de Wisconsin. Jean Nicolet est né à Cherbourg, en Normandie, en 1598. Son père était facteur entre Cherbourg et Paris. Sauf qu'il était un homme très religieux, très peu est connu de sa jeunesse. En 1618, à l'âge de 19 ou 20 ans, Nicolet est arrivé au nouveau monde,au Québec. Probablement, il était un homme aventureux, et il désirait trouver des aventures dans la "Nouvelle France". Au Québec, il a rencontré Samuel Champlain, un explorateur français bien connu. Champlain cherchait des jeunes hommes pour habiter avec les Indiens, et pour apprendre leurs coutumes et leurs langues. Alors, les jeunes hommes faisaient rôles de diplomates quand la France désirait former une alliance avec les Indiens. Champlain a recruté Nicolet pour son programme, et Nicolet était enthousiaste. Pendant deux ans, Nicolet a habité avec les Algonquins et les Nipissings à ce qui est aujourd'hui le Canada. Il est devenu un membre de leur société, avec sa propre maison, et il parlait leur langue couramment. Après deux ans, le gouvernement a rappelé Nicolet, et il est retourné au Québec pour être interprète. Pour des raisons religieuses, Nicolet était content de retourner à la sociéte européenne: il était chrétien, et pendant deux ans il n'avait pas reçu des sacrements Chrétiens. Quand il est retourné, il a entendu des histoires des "hommes de la mer," une nation de gens qui habitaient dans une terre éloignée près des "grandes eaux," une mer inconnue. Nicolet pensait que ces "hommes de la mer" étaient Chinois, et que "les grandes eaux" étaient une mer qui pouvait être une route en Asie. Il décida d'explorer la terre à l'ouest, inconnue aux Français, en espérance de trouver la Chine, ou une route en Chine. En 1634, Nicolet a traversé le lac de Michigan, en canoë avec une petite bande, et est devenu le premier homme européen à voir ce qui est aujourd'hui Green Bay, Wisconsin. Il a découvert le Fleuve Menominee et les Winnebagoes, les Indiens qui habitaient sur ces côtes. En se rappelant les histoires, il a décidé que les Winnebagoes étaient Chinois. Leur apparence ressemblait un peu aux Chinois-- sans barbe et avec la peau ni blanche ni noire. En se préparant pour rencontrer les Chinois, Nicolet a porté une robe magnifique qui lui semblait orientale. La robe était en soie, brodée avec des fleurs et des oiseaux. Il l'a portée, et il a tiré deux fusils pour saluer les "Chinois". Les Winnebagoes avaient très peur, et ils respectaient l'étranger. Chaque chef donnait une fête en honneur de Nicolet-- un chef a servi 120 castors ! Toujours diplomate, Nicolet a oublié sa déception de ne pas trouver les Chinois, et il a suggéré l'idée de la paix aux Winnebagoes. Il a suggéré qu'ils forment une alliance avec les autres Indiens au lieu d'être toujours en conflit avec eux. Les Winnebagoes l'écoutaient aimablement, mais après que Nicolet est parti ils sont retournés à la guerre. En quittant les Winnebagoes, il a voyagé en canoë aux
Mascoutins, une bande d'Indiens qui habitaient près du Fleuve Renard. Il leur a
demandé s'il y avait des "grandes eaux" par là. Les Mascoutins pensaient qu'il parlait du Fleuve Mississippi, et ils lui ont dit "Oui, c'est un voyage de trois jours." Mais Nicolet a décidé de retourner au Québec, et il n'a pas cherché les "grandes eaux". Quand il est retourné au Québec, il a raconté son histoire au gouvernement et est retourné à son travail comme interprète. Personne n'a fait attention à son rapport, et pas une seule expédition à la nouvelle terre était projetée. En fait, son rapport était perdu, et aujourd'hui nous nous fions aux histoires des missionnaires Jésuites pour notre information sur Nicolet et son voyage. -- Katie Weber, étudiante en français 284, Université du Wisconsin à Madison. La
Baie des Puants ou La Baie Verte ? La baie qu'on appelle aujourd'hui Green Bay fut pour les voyageurs intrépides du 17e et 18e siècles une porte d'entrée vers une vaste terre inconnue à l'ouest du lac des Illinois (Michigan). Après avoir navigué les eaux turbulentes de "La Porte des Morts" à l'embouchure de la baie, on trouvait une voie navigable et pittoresque qui menait jusqu'à la rivière aux Renards à l'emplacement de la ville actuelle de Green Bay. L'eau de la baie, était-elle vraiment verte ? Cela se peut, mais il est probable que le nom de "baie Verte" fut d'origine anglaise et non pas française. Les Français, semble-t-il, préféraient l'appeler la "baie (ou bien le lac) des Puants", nom qui a fait rêver plus d'un historien ou professeur de français de la région. Certains ont parlé des odeurs de poissons morts sur la grève, d'autres d'un peuple appelé Puants. La plus vieille référence à la "Baye des Puans" se trouve dans un rapport écrit en 1640 par le prêtre jésuite Barthélemy Vimont qui opte pour la deuxième explication, une thèse soutenue par le Père Vimont dans le rapport qu'il rédigea deux ans plus tard. Selon ces deux missionnaires le mot "ouinipeg" en langue algonquine voulait dire "l'eau malodorante" et les Algonquins avaient attribué le nom "Ouinipigou" (Winnebago) à cette tribu rencontrée par Jean Nicolet en 1634. Mais l'eau dont il s'agissait n'était pas celle de la baie, mais plutôt l'eau salée de la mer. Serait-il possible que
les premiers explorateurs, en voyageant jusqu'à la baie des Puants, aient espéré
retrouver des "Gens de Mer", un peuple qui connaissait la route vers la mer chinoise? Cela
expliquerait-il cette robe chinoise que Nicolet aurait portée en débarquant de
son canoë ? K. Fleurant
apparaît surtout aujourd'hui dans la toponymie de l'état : Butte des Morts, Eau Claire, Fond du Lac, Lac Courtes Oreilles, Porte des Morts, Prairie du Chien, Trempealeau, n'en sont que quelques exemples pittoresques. Et pourtant, le territoire du Wisconsin, placé stratégiquement entre les Grands Lacs et le Mississippi a été l'avant-poste le plus important de la Nouvelle France et les missionnaires et explorateurs français et québécois ont joué un rôle essentiel dans la découverte du Nouveau Monde : Jean Nicolet, accompagné d'un groupe de Hurons, débarqua à Green Bay, sur les bords du lac Michigan en 1634. Le père Marquette et Louis Joliet découvrirent le Mississippi en descendant le cours des rivières Fox et Wisconsin. Jean-Baptiste Mirandeau s'établit, à la fin du dix-huitième siècle, sur le site qui devait devenir la ville de Milwaukee, dont le premier maire serait, en 1846, le Québécois Solomon Juneau.
Toponymie française du Wisconsin: Allouez, Argonne, Aux Plein,
Baraboo, Belmont, Beloit, Bois Brulé, Brule, Butte des Morts, Calumet,
De Pere, Des Plaines, Durand, Eau Claire, Eau Galle, Fond du Lac, Juneau, La Crosse, Lac Courtes Oreilles, Lac du Flambeau,
Lafayette, Lambeau Field, La Crosse, Langlade, Little Chute, Lost
Dauphin, Marinette, Marquette, Montreal, Pepin, Platte, Portage, Porte des
Morts, Prairie, Prairie du Chien, Prairie du Sac, Racine, St. Cloud, St.
Croix, St. Croix Falls, Superior, Tomah, Trempealeau, Lac Vieux Desert, etc.

Monument à Jean
Nicolet

8. C Dès les premières heures, Marquette et Jolliet enregistrent chacun leurs observations sur leur carnet de bord. (Malheureusement le document de Jolliet disparaîtra dans un naufrage, au retour, près de Québec. Jolliet sera cependant en mesure de reconstituer les cartes de mémoire. Par contre, les notes de Marquette seront conservées). Les navigateurs se dirigent vers la baie Verte et entrent dans la petite rivière Menominée. Ils visitent les peuplades de la Folle Avoine. Marquette a noté: "La folle avoine dont ils portent le nom, parce qu=elle se trouve sur leurs terres, est une sorte d'herbe qui croît naturellement dans les petites rivières dont le fond est de vase et dans les lieux marécageux@. Les Folles Avoines s'efforcent de garder Marquette près d'eux. "Vous allez vers de grands dangers ! " lui disent-ils. Peine perdue.
9 C Jusqu'ici le voyage n=a été qu=une grande partie de canoë. Mais les explorateurs remontent la Fox River (ou rivière du Renard) et y rencontrent les premières difficultés de navigation : courants désordonnés et roches à fleur d'eau. Le 7 juin, ils arrivent chez les Maskoutens ou nation du Feu. C'est dire qu=en trois semaines C et malgré deux arrêts obligés C ils ont parcouru plus de mille kilomètres. Ce jour-là, sur son carnet, Marquette écrit: "C'est ici le terme des découvertes qu=ont faites les Français car ils n'ont point encore poussé plus avant@. Les Maskoutens leur prêtent deux guides. On remonte toujours la rivière Wisconsin. D'un cours d'eau à l'autre, en portant les canots, il faut effectuer 2,700 pas.
12. C Après un certain temps, ils s'approchent de la région où s'érigeront plus tard Alton et Saint-Louis, voguant dans les méandres au pied de hautes roches. A Mitchiganaéa (parages de l'actuelle Memphis), alerte ! Les explorateurs sont tout à coup entourés d'hommes armés. Marquette montre son calumet (offert par les Illinois). Ils ne veulent rien entendre. Autour des deux canots, les assaillants se resserrent. Déjà les flèches sont prêtes. "Mais, note Marquette, Dieu toucha soudain le coeur des vieillards qui étaient sur le bord de l=eau sans doute par la vue de notre calumet qu'ils n'avaient pas bien reconnu de loin.@ Ils débarquent. Personne ne comprend une des six langues de Marquette. Seul, un vieillard sait quelques bribes d'Illinois.
18. CMarquette et Jolliet qui reviennent à leur point de départ, atteignent maintenant la baie Verte. Là, ils se séparent vers la fin de septembre 1673. Jolliet, en effet, doit regagner Québec. Il rapporte la certitude que le Mississippi se jette dans le golfe du Mexique. De plus, il a consigné, dans ses notes, des renseignements très précieux sur l'aspect des régions traversées et sur leurs ressources. Avec Marquette, il a découvert qu'il y a du fer sur la rive gauche du Wisconsin. Du fer aussi et des minéraux colorés au confluent de l'Ohio et du Mississippi.
--L'Union, journal de Laon, ville natale de Marquette extraits du 3 au 10 janvier 1971
Vie de Jacques Vieau, homme d'affaires racontée par son fils. Mon père, Jacques Vieau, fut le premier homme à se lancer dans le commerce indien sur les terres où se trouve aujourd'hui la ville de Milwaukee. A l'origine, notre nom de famille était De Veau mais ce nom rappelant l'animal, les autres enfants se moquaient de mes ancêtres quand ils étaient jeunes: ils bêlaient en leur présence. C'est donc pour se protéger que mes ancêtres changèrent leur nom. De Veau devint Vieau. Le grand-père paternel de mon père, avait des liens aux Huguenots. Il arriva en Nouvelle France alors que les Huguenots de la mère patrie vivaient sous l'oppression. J'ai entendu dire que le grand-oncle de mon père était à cette époque le gouverneur de Marseille. Mon père, un Français pur-sang, est né le 5 mai 1757, au bas Canada, à Cour de Neige, dans la banlieue de Montréal. Il mourut le premier juillet, 1852 en terre privée enregistrée sous le No 14 (rive ouest de la rivière Fox) à Fort Howard, aujourd'hui la ville d'Ashwaubenon. Son corps repose dans le cimetière catholique français de Shanty Town.
![]() Canoe Brigade Braving the Fog
Frances Ann Hopkins. Public
Archives of Canada. |
C'est à Green Bay, en 1786, que ma mère épousa mon père. Elle se prénommait Angeline, fille de Joseph Le Roy, alors négociant dans cette ville. Elle était la nièce d'Anaugesa, chef Pottawattomie frère de sa mère. Voici leurs enfants, par ordre de naissance : Madeleine, Josette, Paul, Jacques, Louis, Joseph, Amable, Charles, Andrew (moi-même), Nicholas, Peter et Mary, au total une bonne douzaine. Ma mère mourut au domicile de mon frère Joseph à Lawrence, une ville du comté de Brown, le 7 janvier 1862, à l'âge de 105 ans.
Le premier voyage de mon père de Montréal à Mackinaw eut lieu en 1793, alors qu'il avait 42 ans [sic] et exerçait la fonction de voyageur pour la Compagnie de Fourrures du Nord-Ouest. A ce poste, son premier voyage le mena à La Pointe, une ville de la baie de Chequamegon dans le lac Supérieur. En 1794, il retourna à La Pointe mais cette fois en tant que commis pour la compagnie. En 1795, il devint l'un des agents de la compagnie et fut envoyé, muni d'une cargaison de marchandises, sur la rive ouest du Lac Michigan avec pour double mission d'explorer la région et d'y installer des comptoirs. Une grande embarcation, lourdement chargée et équipée d'une douzaine d'hommes, transportait les marchandises. Mon père et sa famille, alors composée de ma mère, de Madeleine, Paul et Jacques, suivaient l'expédition à bord d'un grand canoë en écorce, qui contenait aussi l'équipement dont on aurait besoin pour camper. Pendant ce voyage, c'est Mike le Pettéel qui exerça la fonction de commis au service de mon père.
L'expédition partit de Mackinaw en juillet. Le premier bivouac important eut lieu sur les bords du port naturel où est située aujourd'hui la ville de Kewaunee. On m'a dit que mon père établit, tout près de là, un comptoir "jack-knife" afin de lancer le commerce et qu'il y laissa un responsable. Les Indiens baptisèrent mon père Jean Beau, et les Ottawas (Courtes Oreilles) appelèrent la rivière au bord de laquelle se trouvait son comptoir "la rivière Jean Beau". Plusieurs Ottawas et Chippewas (Sauteurs) m'ont dit qu'il avait établi ce comptoir là, et me l'ont décrit comme étant sur la rive nord de la rivière, un affluent de la Twin River du nord-est à environ quinze kilomètres du Lac Michigan. Il établit un autre comptoir à Sheboygan où il laissa aussi un commis. Les Indiens Ottawas et Chippewas m'ont montré cet endroit situé au pied des rapides, sur la rive nord. Il installa aussi un comptoir et un commis à Manitowoc, tout près des rapides. Il se peut qu'il en ait établi d'autres le long du lac, mais même si on m'en a parlé, je ne me rappelle aucun détail à leur sujet.
L'expédition de mon père arriva à Milwaukee le 18 ou le 20 août. A l'embouchure de la rivière, il rencontra de nombreux Pottawattomies, parmi lesquels circulaient en toute liberté des Sacs et des Foxes (Renards) ainsi que quelques Winnebagos mariés à des membres des trois autres tribus. Les Indiens dirent à mon père qu'il était le premier homme blanc qu'ils avaient vu là, et l'accueillirent chaleureusement. Il avait en sa possession une bonne cargaison de marchandises, et, à cette époque, les négociants français étaient toujours particulièrement bien reçus aux avant-postes de la civilisation. Il construisit deux bâtiments en rondins -une habitation et un entrepôt- à deux kilomètres et demi en suivant la rivière Menomonee, sur la rive sud, au pied d'une falaise en calcaire. Pendant la Guerre de Sécession, le site où se trouvaient ces bâtiments appartenait à James W. Larwkin. J'étais à Milwaukee à cette époque et l'on pouvait toujours voir très clairement l'emplacement de ces bâtiments par les restes des talus de terre qui les avaient entourés.
Très vite il vit un avenir prometteur à Milwaukee et acheta les terres qui s'étendent entre la rivière Milwaukee et le lac Michigan : il dressa un plan de ces terres et les nomma la Ville de Juneau. Il devint le premier receveur des postes et le premier président du village de Milwaukee. En 1846, il fut élu le premier maire de la ville de Milwaukee.--Theresa Historical Society, traduction. Valérie Saugera
Le Dauphin Perdu, fils de Louis
XVI? Vers 1820, un certain Eleazer Williams, missionnaire épiscopal, mena une tribu d'Indiens Oneidas de l'état de New York jusqu'à Green Bay dans le Wisconsin. Le gouvernement
américain leur céda une réserve (actuellement appelée Oneida) sur laquelle une mission et une école furent fondées. Quelques années plus tard, un article parut dans le Harpers Magazine consacré à l'ingénieuse évasion de la Conciergerie, prison parisienne, du petit Dauphin français, Louis XVII, fils de Louis XVI et de Marie-Antoinette. L'article explique comment on fit échapper de prison l'enfant, caché dans un panier à linge en osier. Des royalistes le firent sortir de France clandestinement et le confièrent à un dénommé Thomas Williams de St. Regis, ville de l'état de New York où il fut élevé. Cette histoire est entièrement basée sur une confession de la dernière heure d'un certain Monsieur Bellinger, originaire de la Nouvelle-Orléans et ancien serviteur de Louis XVI et de Marie-Antoinette.
Les réactions à cet article prirent de plus en plus d'ampleur aux Etats-Unis et finirent par atteindre la France. On appelait maintenant la personne en question Eleazer ou Lazar, nom que lui avaient donné les Indiens. Louis-Philippe, alors roi de France envoya son fils le Prince de Joinville pour mener l'enquête. Lazar lui-même fut étonné par cette nouvelle qui dissipait en partie le mystère de sa petite enfance, une période dont il n'avait aucun souvenir.
Les ambitions de Lazar et son attitude à l'égard de ses disciples firent naître la haine et la dissension. Le projet qu'il avait de déplacer la tribu vers l'ouest et de former un empire avec les autres tribus, se couronnant ainsi Empereur, fut déjoué par les Oneidas et le gouvernement américain. Il finit par être chassé de la mission et retourna à New York, brisé.
La vérité sur le mystère de son héritage reste voilée. Il existe cependant une forte possibilité qu'il ait été le "Dauphin Perdu". En tout cas, l'histoire est fascinante et est à l'origine du libretto de l'opéra Lazar.
--Texte du compositeur de l'opéra, M. Francis G. Parmentier, Green Bay, Wisconsin. L'opéra aura sa première mondiale à Green Bay en l'an 2000. trad. Valérie Saugera.
De la Wallonie au Wisconsin. Dans les années 1850 la vie d'un fermier était
difficile en Belgique. A l'instar d'autres ethnies qui partirent du vieux continent à la recherche d'une vie meilleure en Amérique, des milliers de Belges, fatigués de leurs efforts pour nourrir leurs familles en pleine crise économique, s'installèrent sur la terre fertile au bord des forêts du nord-est du Wisconsin. Les premières familles wallonnes s'embarquèrent sur un paquebot du port d'Anvers. Ne sachant pas où les menait le destin, ils
acceptèrent une invitation de suivre quelques compagnons de bord flamands en route vers Sheboygan, dans le Wisconsin. Les Flamands comptaient rejoindre leurs parents déjà implantés sur la côte ouest du lac Michigan au nord de Chicago. Les Belges les accompagnèrent mais, une fois arrivés, ils entendirent parler d'une population francophone un peu plus au nord aux alentours de Green Bay et ils plièrent de nouveau bagage.
Saviez-vous que la Kermesse de la Bastille de la ville de
Milwaukee est la plus grande fête française de la sorte aux Etats-Unis? Depuis
17 ans déjà les gens de la ville descendent joyeusement dans les rues
autour de la Place de la Cathédrale qui, pendant quatre jours, sont
transformées en village français avec ses cafés, ses bistrots à vin, ses
musiciens ambulants et même sa Tour Eiffel de plus de treize mètres
de haut. Comme il convient, les festivités se déroulent au coeur de la
partie historique franco-canadienne de l'est de Milwaukee développée
au début du 19e siècle par Solomon Juneau, premier colon et maire de la ville.
Bien qu'ils se soient servis du français comme langue écrite pour les occasions où cela s'avérait nécessaire, les Wallons trouvèrent que les vieilles familles de souche française de "La Baye" ne les comprenaient guère plus facilement que leurs compagnons de route flamands. Par surcroît, les Wallons voulaient continuer la vie agricole qu'ils avaient menée en Belgique et ils s'achetèrent des terres en dehors de la ville. Plusieurs hivers rudes s'ensuivirent dans un pays plus froid qu'ils ne l'avaient imaginé, mais leur détermination et leur persistance portèrent fruit.
Aujourd'hui beaucoup de familles wisconsiniennes restent fières de leur héritage belge. On peut toujours (si on fait un effort, cela est vrai) entendre parler "bèlje" dans des villes et villages qui portent les noms des lieux belges quittés par leurs aïeux il y a presque 150 ans: Namur, Champion, Wavre, Rosière, Luxembourg, Walhain.
Une chanson belge wallonne des années 60 parle de "nos vîs (vieux) cousins do Wisconsin" disant:
| version wallonne (écriture phonétique Wis.) |
version wallonne de Namur(trad.) |
version française (traduction) |
|---|---|---|
|
Esstee laa con ill lon |
Èstîz là quand il ont |
Etiez-vous là quand ils |
-- K. Fleurant
Cette ferme
fut méticuleusement reconstruite sur les terres du Parc d'Etat Heritage Hill. Elle offre un exemple authentique de l'architecture ramenée au Wisconsin après 1870 de la région de Namur en Belgique . Cette ferme date de 1890. Il était courant de construire des granges en rondins. De nombreuses granges construites de cette façon dans le nord-est du Wisconsin ont été recouvertes de lattes de bois.
Les Français de Belleville, Montrose et French Town
Dans le comté de Dane on peut trouver des immigrés qui proviennent de nombreux pays. Les villages de Christiana, Pleasant Springs et Mount Horeb sont des centres d'immigration norvégienne. Middleton est un exemple de village "allemand". Les Ecossais ont choisi Verona, tandis qu'on peut trouver un peu partout des gens nés en Irlande, en Angleterre et en Amérique. Ici à Montrose dans la banlieue sud de Madison dans le comté de Dane on trouve surtout des Français, mais aussi quelques Suisses.
Partout aux Etats-Unis on peut trouver des communautés d'agriculteurs allemands, irlandais, scandinaves, anglais et écossais. Mais il est rare de trouver une communauté agricole française, sauf, peut-être, sur la frontière du Canada de l'est-- où il s'agit plutôt de colons canadien-français. Ici à Montrose, les immigrés sont vraiment des Français de France.
Ceux-ci sont originaires de la région Haute-Saône près de la frontière suisse à quelques 80 lieues (leagues), c.-à-d 240 miles au sud-est de Paris. Jean Roy a été le premier colon français à élire domicile dans le comté de Dane. Il avait d'abord immigré à l'état de New York vers 1835. Il s'est conscrit dans l'armée pendant la Guerre au Mexique en 1848, et après la déclaration de paix il est venu dans le comté de Dane vers 1850. Roy a tout de suite écrit à ses anciens voisins en Haute-Saône pour vanter les opportunités aux Etats-Unis, y inclus des lots de terre à des prix très abordables . Sous peu, l'immigration française a commencé. Somme toute, une vingtaine de familles (plus d'une centaine d'âmes) ont immigré, établissant une colonie compacte dans le coin nord-est du village. L'immigration a maintenant pris fin. Le prix de la terre est trop cher pour les pauvres. Mais les nouveaux-nés continuent à faire croître la population du hameau. Les familles françaises tendent à être nombreuses. Il n'est pas rare d'en trouver avec une dizaine, voir une douzaine, d'enfants. Il doit y avoir actuellement entre 400 et 500 personnes dans le hameau français.
August Tisserand était l'un des premiers à répondre à l'appel de Jean Roy. Un garçon de 15 ans, il a accompagné ses parents en 1853. Né en 1838, il a maintenant presque 64 ans révolus. Les immigrés français préféraient ne s'exprimer qu'en français. Les enfants, bien sûr, apprennent l'anglais mais les parents, eux, ne maîtrisent pas facilement la langue de leur pays d'adoption. Beaucoup, surtout les femmes, ne parlent que le français. Mais August Tisserand, lui, parle couramment l'anglais et se fait comprendre sans difficulté. "Je parlais mieux que la plupart des autres enfants, même ceux qui sont allés à l'école anglaise, dit-il. Les immigrés français faisaient partie de la classe pauvre", explique-t-il en parlant des premières années de la vague d'immigration. "La plupart sont venus tout à fait démunis. Mon père et ma mère sont arrivés à New York avec $13 dans la poche. Mon père est mort le lendemain de son arrivée au pays. Ma mère a dû faire face au monde et s'occuper de nous toute seule. En France, on avait l'habitude d'exploiter une petite ferme. Un homme possédait une dizaine d'hectares, mais sa ferme était sous-divisée en petites parcelles éparpillées ici et là. Posséder une grande ferme de 50 ou 75 hectares [un hectare= 2,47 acres, NDLR] était tout nouveau pour nous. Ici on cultive comme en France de l'orge et de l'avoine mais pas de fruits. En France les régions fruitières se trouvaient plus au sud".
M. Tisserand, comme beaucoup de Français, raconte habillement une histoire. Il raconte une drôle d'histoire à propos de la Guerre de Sécession. Vers le milieu de ce conflit, on a mis son nom et celui de trois de ses compatriotes sur une liste d'hommes conscriptibles. Aucun des quatre ne voulait qu'on exige de lui le service militaire. Alors tous ensemble ils ont pris le train pour Janesville pour porter plainte. "J'étais le seul à parler anglais, dit M. Tisserand. J'ai expliqué à l'officier que nous n'étions pas encore des citoyens des Etats-Unis et par conséquent on n'avait pas le droit de nous conscrire. Tout d'un coup l'officier qui s'était d'abord montré très accueuillant, a dit qu'il était très occupé et n'avait pas le temps de nous parler". Un des copains de M. Tisserand a dit "Dis-lui que nous voulons nous engager dans l'armée. Comme ça il est sûr de nous écouter". "Alors tout en plaisantant, j'ai dit: Monsieur, j'allais vous dire que ce sont mes amis qui ne parlent pas anglais et qui veulent s'engager. L'officier a donné un ordre à un autre et sans autre forme de procès deux soldats ont pris Genin, François et Gavoille par le bras. En un clin d'oeil on les a déshabillés et examinés. On les a prononcés en bonne santé, et avant que mes amis n'aient pu se rendre compte de ce qui leur arrivait, on les a conscrits et ils se trouvaient dans une voiture en route vers Camp Randall à Madison. Ils avaient fait le voyage à Janesville pour protester la possibilité d'être conscrits et ils ont fini en uniforme militaire. Ce qui est drôle, c'est qu'on m'a offert $15 chacun ($45 au total) pour avoir livré les trois recrues. Ils ont servi pendant plus de deux ans dans la première unité d'artillerie lourde du Wisconsin". Ils ont fini par avoir le dessus sur M. Tisserand. Le gouvernement leur a donné une pension-- $24 par mois pour Gavoille, $12 pour François et $6 pour Genin. Un autre Français de Belleville qui a servi pendant la Guerre de Sécession est le feu August Genin.
Wisconsin State Journal, Madison, Wisconsin (April 24, 1902). Trad. K. Fleurant
Des Recettes du pays
Nombreux sont ceux qui pensent que le Booyah, une soupe épaisse au poulet, est une invention des colons belges wallons établis dans le nord-est du Wisconsin. Ce mot assez particulier vient du mot "bouillir" ou de "bouillon". Bien que l'on trouve des variations de ce plat dans de nombreuses cultures à travers le monde, le plat délicieux et copieux appelé "booyah" ne peut se trouver que dans le Wisconsin.
Lorsque la viande est bien dorée, ajoutez les épices. Couvrez d'eau chaude et mijotez jusqu'à ce que la viande soit cuite. Désossez le poulet et coupez-le en petits morceaux. Posez les morceaux de viande et de poulet dans une grande marmite et ajoutez les légumes suivant leur temps de cuisson. Ajoutez de l'eau bouillante en quantité nécessaire pour assurer la bonne cuisson du mélange. Surveillez le mélange pour l'empêcher de coller au fond de la marmite ou de brûler.
Recette pour 95 litres.
"Merci à Mme Mary Ann Defnet de Green Bay pour cette recette, publiée pour la première fois dans le Wisconsin's Folkways in Foods, 1948. Collection réalisée par la "Wisconsin Home Economics Association." trad. Valérie Saugera.
Recette envoyée par Kateri Dupuis
Toute la famille participait activement à la journée d'abattage à la ferme. On tuait les cochons loin du regard des jeunes enfants. Mais cela ne les empêchait pas de savoir tout ce qui se passait. Ils devaient aider à accomplir quelques-unes des tâches domestiques. Mon travail consistait à aider Maman à la préparation du BOUDIN et du SCRAPPLE (fromage de tête). Le sang frais et les têtes de cochons arrivaient à la maison dans des seaux ; nous nous mettions au travail. Ma soeur, Mary Dupuis Loser, demanda à ma mère d'écrire la recette du BOUDIN. Elle a perdu la recette du FROMAGE DE TETE.
BOUDINPassez le sang à la passoire pour filtrer les caillots. Dans un grand récipient, mélangez tous les ingrédients. Mettez-les dans des moules à gâteau beurrés. Cuisez à four doux (250° F) jusqu'à coagulation. Piquez avec un couteau. Si le couteau en ressort propre, le boudin est prêt.
Si vous utilisez des boyaux, ne les remplissez pas trop. Nouez-les et plongez-les dans une grande quantité d'eau bouillante de 45 minutes à une heure suivant leur taille. Assurez-vous qu'ils ne reposent pas au fond de la marmite.
Ma mère, Emily Archambault Dupuis, de la ville de Peshtigo dans le Wisconsin, a utilisé cette recette des centaines de fois. La recette lui a été transmise par sa mère, Elisabeth Gervais Archambault, une émigrante de Pointe au Trembles au Québec.
traduction, Valérie Saugera
Réponses: 1,b; 2,b; 3,c; 4,c; 5,d; 6,c; 7,b; 8, ils sont tous d'origine française; 9, d(Bien qu'on puisse en voir dans le stade Lambeau le dimanche après-midi pendant la saison de football américain , la tête de fromage n'est pas un endroit).
Une petite lettre de remerciements peut vous procurer des renseignements supplémentaires précieux.
--traduction, Valérie Saugera
Co-directrices du projet
"Wiconsin's French Connections":
Gabrielle Verdier, University of Wisconsin, Milwaukee
Martine Meyer, University of Wisconsin, Milwaukee (emerita)
Maître du Web
: Ken Fleurant, University of Wisconsin, Green Bay.
Nous tenons à remercier Valérie Saugera, étudiante, Graduate Certificate Program in Translation, University of Wisconsin, Milwaukee pour son assistance.
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Ce document pédagogique, préparé à l'intention de l'Association Américaine des Professeurs de Français, juillet 1999, est composé d'extraits tirés du site Web, Wisconsin's French Connections. Pour les essais complets et pour des renseignements supplémentaires sur l'influence française et francophone dans le Wisconsin, veuillez visiter; ![]() http://www.uwgb.edu/wisfrench (jusqu'au
12 août, 1999) ou
http://www.uwgb.edu/wisfrench (à partir du 14 août, 1999)
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